Son pied ne tremble jamais. Comme ses protégés, ignorant le vertige, il est chez lui dans ces vallées rocailleuses des Pyrénées qu’il connaît par cœur mais qu’il parcourt toujours avec la même fascination. « La montagne n’est jamais la même. Elle est toujours splendide, surtout par mauvais temps ! », se justifie-t-il dans un sourire malicieux. Embauché au Parc national des Pyrénées en 1973 comme garde-moniteur, Jean-Paul Crampe a œuvré pendant trente ans à la réintroduction du bouquetin ibérique et, même à la retraite, il poursuit inlassablement sa mission.

Dès que la météo le permet, il s’empresse d’aller « toquer à leur porte », à plus de 2 000 mètres d’altitude. Ce jour-là, après plusieurs heures de marche dans la vallée du Marcadau, nous verrons bien quelques isards mais pas de bouquetins se jouant du vide sur les rochers, leur terrain de prédilection. Ils sont montés un peu plus haut, trop loin pour être observés. Pas de quoi doucher l’enthousiasme de notre guide, devenu au fil des années un des plus grands connaisseurs du capra pyrenaica, le nom scientifique du bouquetin ibérique. « Cette espèce m’étonne encore tous les jours. Elle est parfaitement adaptée à son milieu rupestre, d’une rusticité incroyable ! Quand il neige, alors qu’il est installé sur sa zone d’hivernage, contrairement à ce que j’avais pu imaginer, le bouquetin ne descend pas au plus bas des versants, il remonte même parfois pour prendre le soleil sur les rochers rapidement déneigés et manger les quelques végétaux qu’il peut y trouver. Dans son aire naturelle, qui couvre toute la péninsule ibérique, il s’adapte à des altitudes et des climats très différents, du bord de mer aux plus hautes cimes. L’hiver, quand le blizzard souffle à 100 km/h, qu’il fait moins 20 degrés, il est capable de rester là, sur sa vire rocheuse, pendant des heures, sans bouger. Il pratique une sorte d’hibernation en bougeant très peu pour économiser son énergie. Il peut perdre jusqu’à un tiers de son poids pendant l’hiver, qu’il reprendra rapidement au cours du printemps et de l’été suivant. Il est bâti pour ça. »

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