1. Une éthique

La permaculture, c’est d’abord une éthique, avec trois grands principes : prendre soin de l’humain, prendre soin de la nature et partager équitablement les surplus. « Ça veut dire qu’on garde juste ce dont on a besoin pour vivre et le reste on le partage. Mais limiter la permaculture à quelque chose de strictement agricole, c’est passer à côté de l’essentiel selon moi. Ce n’est pas une valise avec plein d’outils, ni des techniques ou des pratiques : c’est une philosophie globale, qui s’élargit à l’humain et peut servir dans tous les domaines. On peut faire une banque en permaculture ! » Politique ? « Sûrement, c’est une façon de faire de la politique, au sens premier du terme. »

2. Faire avec la nature

« Depuis l’agriculture moderne, l’humain a toujours cherché à gérer la nature. Et maintenant il s’aperçoit qu’il n’y arrive pas. à l’opposé, tu as la permaculture telle que je la pratiquais au début, il y a dix ans : tu laisses tout pousser comme ça vient. Au final, tu ne sais pas ce que tu as et tu ramasses des petits concombres en pensant que c’est des cornichons et vice versa. Le trop laisser-aller, ça ne va pas non plus. Il faut faire avec la nature, jamais contre elle. Mais pour moi, il faut poser un cadre, lui donner une direction. C’est comme avec les cochons : quand on veut les faire aller quelque part, on met des barrières de chaque côté et on les laisse avancer. On fait avec la nature mais quand elle déborde un peu trop, on la rabat un peu pour mener son projet là où l’on veut. J’aime faire le parallèle avec la permaculture humaine. Ça ne sert à rien de forcer quelqu’un à aller dans une direction qu’il n’a pas choisie. Il vaut mieux poser des limites et le laisser faire ce qu’il veut, comme il veut. Tout le monde est gagnant. »

3. Plantez-vous !

« N’attendez pas de tout savoir, c’est l’expérience qui vous apprendra. Moi, je me suis planté pendant dix ans et je continue tous les jours. » Rémi en a même fait une vidéo : « 10 ans d’erreurs en permaculture, le bilan ». Il y parle d’arrosage ou de ses buttes qu’il a déplacées de nombreuses fois avant de renoncer. « Pour moi c’était beaucoup trop de temps et d’énergie dépensés par rapport aux avantages que j’en tirais. » Une autre idée reçue que Rémi tient à rectifier : « La permaculture, ce n’est pas un truc de fainéant. Si, peut-être une fois que le projet est fini, mais il n’est jamais fini ! »

4. Apprendre, toujours

« Je suis un étudiant à temps plein, on ne devrait jamais s’arrêter d’apprendre. » C’est en Afrique, où il a passé son enfance, que Rémi s’est pris de passion pour la nature. « Ce foisonnement, ce grouillement de vie, c’est profondément ancré en moi. » En France, il débute dans la cuisine puis suit une formation en maraîchage bio. Il veut aller plus loin. Il se forme à l’herboristerie et découvre l’ethnobotanique chez Bernard et Anniejeanne Bertrand, au Jardin des sortilèges. Depuis, il ne cesse d’apprendre : dans les livres, sur internet, des autres… Et surtout en faisant. « Il faut être conscient qu’on ne connaît qu’une toute petite partie de ce qui nous entoure. Il n’y a aucune plante qui n’a pas d’effet, c’est juste qu’on ne le sait pas. »

5. Le « ça-dépentisme »

« Je déteste les cases mais si je devais avoir un seul courant, c’est le ça-dépentisme ! Ce que je fais fonctionne ici mais pas ailleurs. Comme beaucoup de permaculteurs, quand on me pose une question, je réponds la plupart du temps : ça dépend ! Les gens aimeraient avoir une solution toute faite alors que ça n’existe pas : ça dépend de ton terrain, de ton climat… Tu ne peux pas les changer alors il faut s’adapter. » Si les principes de la permaculture se veulent universels, les méthodes employées pour les mettre en œuvre sont très différentes selon les régions et les situations.

6. Être connectés

« Je reçois beaucoup de gens qui veulent monter un projet en permaculture pour être autonomes. Ils veulent produire leurs légumes, leur propre énergie, avoir quelques animaux… pour être stables, résilients. Le troisième principe de la permaculture (lire ci-contre), c’est obtenir une production, et c’est souvent celui qui est oublié. Je pense qu’on ne peut pas être efficace dans tout, par contre on peut trouver dans quoi on est le plus efficace et le faire à fond. Moi, par exemple, c’est la production de plantes. Le surplus, on l’échange ensuite contre de l’argent ou autre chose. Le risque avec l’autonomie, c’est que chacun se mette dans sa bulle. Or si on veut avoir des sociétés humaines durables, il faut être interconnectés. »

7. Transmettre

« J’adore transmettre. Un jour, une woofeuse m’a dit :  » Je suis venue ici pour apprendre sur les plantes mais j’ai appris tellement plus : sur des modes de vie, de communication, d’être… » J’ai compris que partager mes connaissances ça me permettait de ne pas faire quelque chose juste pour moi. Ça paraît bateau mais c’est un peu ma façon de changer le monde (rires). » Rémi organise des stages et des ateliers de permaculture, mais aussi des balades à la découverte des plantes sauvages.
Il ouvre aussi régulièrement le Jardin d’émerveille pour des événements ou tout simplement des visites. Il y invite même parfois ses 27 000 abonnés Youtube pour faire connaissance. Une communauté de plus en plus grande qui apprécie ses passionnantes « Histoires de plantes », racontées à la fois avec érudition et simplicité. « Je me suis pris au jeu ; c’est une façon géniale de partager tout ce que j’expérimente au jardin.»

8. S’aider du design

Le design est une partie essentielle de la permaculture. Faire un plan de son terrain, en plaçant chaque élément, permet de concevoir son projet dans le temps et dans l’espace. Il doit être découpé en cinq zones :

  • Zone 0 : c’est la zone où l’on vit.
  • Zone 1 : là où l’on travaille la plupart du temps, jusqu’à 15-20 mètres de la maison.
  • Zone 2 : visite quotidienne.
  • Zone 3 : visite deux-trois fois par semaine.
  • Zone 4 : visite deux-trois fois dans l’année
  • Zone 5 : le secteur sauvage. On n’y intervient pas mais on vient y observer et se ressourcer.

La notion de design revêt toute son importance quand on veut ajouter un nouvel élément dans son projet. Exemple avec un poulailler, où l’on doit aller matin et soir. Il doit donc être dans la zone 1. « Si tu le construis à 25 mètres de chez toi, cela fait 100 mètres par jour, et au final plus de 36 km dans l’année ! Plus la zone 1 est grande, plus on va passer de temps à se déplacer. Or, plus on est rassemblé, plus on est efficace. L’objectif du design, c’est d’ajouter de la résilience à son projet en faisant des économies d’énergie et de temps. »
« On ajoute aussi de plus en plus la zone 00, précise Rémi. C’est tout ce qui est lié à soi, à sa personne. Et on travaille dans l’ordre. Avant de travailler sur sa maison, sa zone 1, 2 ou 3, on travaille sur soi en premier. Si on veut être stable et durable dans la vie, il faut prendre soin de sa santé, de ses relations, trouver sa place… Ça aussi, ça fait partie de la permaculture. »

Pour suivre Rémi et son jardin, rendez-vous sur sa chaîne Youtube : Le Jardin d’émerveille.

Retrouver la carte du Jardin d’émerveille dans le numéro #3 d’Oxytanie