Laissant la magnifique vallée d’Arbas en contrebas, la petite route sinueuse s’enfonce dans la forêt. Le ciel s’est assombri en fin de matinée, la brume se lève. Destination le parking de la Fontaine de l’ours, à 1 000 mètres d’altitude, un point de départ bien connu des randonneurs. Mais les visiteurs du jour, s’ils sont équipés de bâtons et bien chaussés, ne sont pas venus pour marcher. Ils sont venus « rencontrer la forêt » comme l’explique joliment Élia Conte Douette, qui les accompagne. Dans ce bois d’exception, inexploité depuis un demi-siècle, la municipalité d’Arbas vient de créer la première forêt cinéraire de France. Un site funéraire où l’on peut réserver une concession, comme dans un cimetière, sauf que celui-ci est isolé et dans un milieu totalement naturel : les défunts reposent au pied d’un arbre dans une urne semi-enterrée ou posée à même le sol ou la roche. À l’heure où nous écrivions ces lignes, la mairie attendait toujours le feu vert de l’État pour organiser les premières cérémonies.

L’idée de cette forêt est née dans l’esprit d’Élia il y a plus de trois ans, après une vingtaine d’années à accompagner les territoires dans le développement durable. « Je voulais proposer une alternative écologique et spirituelle, une autre façon de vivre le deuil en offrant aux familles un lieu de mémoire en pleine nature. Il existe bien la dispersion des cendres, mais elle ne convient pas à tout le monde. Pour de nombreuses personnes, il est important d’avoir un lieu où se recueillir. » Son projet reçoit un accueil enthousiaste à Arbas, qui va s’inspirer de ce qui se fait dans d’autres pays, en Allemagne surtout. Élia, elle, suit une formation pour devenir opératrice funéraire et crée sa société, Cime’Tree, à la croisée de ses valeurs humaines et écologiques. C’est à ce titre qu’elle accompagne les familles aujourd’hui. Dans un éclat de rire, elle nous rassure : « Je suis quelqu’un qui aime la vie ! J’ai toujours travaillé dans l’environnement, le développement durable ; pour moi c’est dans la continuité. Et plus j’approfondis, plus ça fait sens. »

Après quelques minutes de marche, un panneau marque l’entrée de la forêt, qui s’étend sur un peu plus d’un hectare, en contrebas. Le petit groupe avance prudemment, chacun à son rythme, avec plus ou moins de solennité.

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D’autres communes intéressées

Encore préservée dans son écrin de verdure, ce n’est pas un hasard si Arbas a accepté d’accueillir ce site pilote en France. Ses habitants ont d’ailleurs été les premiers à réserver des concessions. Si la commune s’est fait remarquer dans son engagement pour la préservation de l’ours, elle a la fibre écologique depuis très longtemps. La forêt cinéraire, à l’image de la préservation de l’ours, c’est un projet de territoire qu’il a fallu co-construire avec les élus, les forestiers et les chasseurs.
Mi-novembre, la sous-préfecture n’avait toujours pas donné son accord au projet. En attendant, signe de l’engouement pour ces nouvelles pratiques funéraires, d’autres communes se sont déjà montrées intéressées pour créer une forêt cinéraire sur leur territoire. Plusieurs ont déjà contacté Élia pour les accompagner.