Le secteur du tourisme est très important dans la région. Il emploie environ 100 000 personnes et représente 10 % du PIB. Quel est l’état du paysage touristique en Occitanie après deux mois d’arrêt ?

C’est l’un des secteurs les plus impactés par la crise du Covid-19 et je mesure l’inquiétude des acteurs de la filière ; et je sais aussi leur volonté de rebondir. En Occitanie, ce sont 84 % des professionnels qui ont été contraints de fermer leur structure, soit par décision administrative, soit par absence de clients au plus fort de la crise sanitaire.

Depuis la sortie du confinement et les annonces concernant les vacances des Français, les réservations recommencent progressivement. J’y vois un signe encourageant pour ces hommes et ces femmes qui s’investissent au quotidien pour faire vivre l’Occitalité et qui ont beaucoup souffert de cette crise. Car derrière les chiffres, ce sont des visages, des savoir-faire, des vocations même, qui ont fait la réputation de notre territoire. C’est pour cela que la Région est intervenue au plus vite pour protéger les habitants et préparer l’avenir, avec en premier lieu, la relance économique. Le fonds unique en France, L’OCCAL, que la Région cofinance avec 12 Départements, 145 intercommunalités et la Banque des Territoires, offre par exemple des solutions aux entreprises par des aides à la trésorerie et à l’investissement pour la mise en œuvre des mesures sanitaires. C’est particulièrement important pour les établissements du secteur thermal qui a été durement touché et dont les modalités sanitaires de réouverture sont déterminantes.

« Je crois en ce tourisme plus juste, plus durable car je considère que le voyage ne peut être réservé qu’à quelques personnes fortunées »

Comme dans l’alimentaire avec le « consommer local », les habitants de la région sont invités à « voyager dans leur zone » cette année. Vincent Garel, nouveau président du Comité régional du tourisme, parle d’un acte « solidaire et citoyen ». Le tourisme de proximité, c’est une contrainte cette année pour beaucoup mais c’est un mouvement de fond depuis plusieurs années. Comment encourager ce tourisme local ?

La Région active tous les leviers dont elle dispose : nous facilitons la mobilité en proposant des offres de transport attractives sur ses TER avec un million de billets à 1 euro, et nous aidons les professionnels à sauver la saison 2020 avec le fonds L’OCCAL pour la trésorerie et l’investissement. J’ai également mobilisé le Comité Régional du Tourisme qui consacrera un budget de 3 millions d’euros, en plus de nos propres investissements, pour soutenir la relance, au travers notamment d’une plateforme de pré-réservation, d’un numéro vert pour organiser son séjour et d’un plan de promotion adapté.  Mais, oui, au-delà de la crise, nous travaillons à ce tourisme de proximité.

La mobilité est une promesse républicaine, elle n’est pas réservée à une élite, voilà pourquoi j’ai demandé aux sociétés autoroutières un geste fort de solidarité. Un tiers des Français ne partent jamais en vacances, on l’a oublié. L’impact sur le pouvoir d’achat des familles est important et comme toujours, les gens priorisent et sacrifient les vacances, le temps libre. Je veux que cet été 2020 soit vraiment celui des vacances pour tous. Pionnière du tourisme social et solidaire, la Région a accompagné depuis ses débuts l’opération « Premiers départs en vacances », qui a déjà bénéficié à 44 000 jeunes, dont plusieurs centaines d’enfants porteurs de handicap. La Région soutient aussi la journée des Oubliés des vacances, organisée par le Secours populaire à Gruissan. Et nous avons lancé l’an dernier le dispositif Sac Ados pour les jeunes des Quartiers de Politique de la Ville ou de Zones de revitalisation rurale. Je crois en ce tourisme plus juste, plus durable car je considère que le voyage ne peut être réservé qu’à quelques personnes fortunées. Car derrière le mot « voyage », il y a la découverte, l’ouverture à l’autre, à celle ou celui qui est différent, d’autres cultures et modes de vie. Le voyage participe de la construction de la citoyenneté.

Un tourisme de proximité se construit forcément avec ses habitants, sur les territoires. Comment impliquer davantage les populations locales, qui peuvent apporter la convivialité, mais aussi ce retour à un tourisme de sens, de valeurs ?

Tout à fait. Le tourisme n’est pas une activité humaine, économique, comme les autres. Il implique un mouvement vers autrui. C’est le sens de notre « Occitalité » que je développe depuis la création de notre région. Pour moi, la crise sanitaire que nous traversons ne doit pas servir de prétexte à un repli identitaire !

Notre force, c’est le collectif. C’est avec les habitants, les acteurs économiques locaux, les élus du territoire que l’Occitanie a pu devenir cette région où s’invente le tourisme de demain, un tourisme responsable qui est avant tout un état d’esprit. De même que nos contrats Bourgs-Centres permettent de renforcer l’attractivité des petites communes, nos 40 Grands Sites d’Occitanie labellisés sont des destinations construites avec les territoires. Pour nous démarquer, nous mettons l’accent sur l’innovation : Campus de l’innovation touristique, Open Tourisme Lab, hébergement flottant… Et nous continuons d’investir, avec le Plan Littoral 21, et de faire front face au Covid-19 avec le fonds L’OCCAL : il y a une cohérence dans ce que nous entreprenons.  Rassembler, construire ensemble un autre modèle de société, c’est l’objectif.

Moins de neige en hiver, plus de chaleur en été, des phénomènes climatiques de plus en plus forts et imprévisibles… Comment le tourisme s’adapte-t-il face au changement climatique dans notre région ?

Le changement climatique nous invite à changer de modèle pour préserver notre santé, notre biodiversité et les conditions de vie des plus jeunes générations. En Occitanie, nous avons pris nos responsabilités bien avant la période de confinement en donnant la priorité au  tourisme durable et responsable. L’investissement, l’innovation  et la formation seront déterminants  pour faire évoluer les activités. Les montagnards l’ont compris en déployant de nouvelles stratégies  alternatives au tout ski. En montagne comme sur le littoral, nous allons accélérer la transformation des stations pour qu’elles s’adaptent aux exigences de vie de notre époque. C’est la même logique qui guide notre action en faveur du thermalisme, avec un accompagnement visant la structuration de véritables destinations touristiques.

« L’avion continuera à être ce trait d’union entre les peuples et les continents. C’est pour cela que je crois fermement à l’avion vert. Ce n’est pas un rêve. L’industrie aéronautique a toujours démontré sa capacité à innover »

Les interrogations existaient déjà mais cette crise a provoqué une prise de conscience collective sur le tourisme de masse et l’urgence de changer de modèle, d’inventer une autre forme de tourisme, plus durable. Où en est l’Occitanie ?

L’expression « tourisme de masse » laisse entendre que le tourisme serait réservé à une petite élite. Encore une fois, la soif de découvrir, de connaître d’autres cultures est, par nature, émancipatrice et doit être accessible. Pour moi, je le répète, les droits aux loisirs, au voyage sont des droits fondamentaux et ce, quel que soit son niveau social.

Changer de modèle, c’est par exemple proposer, comme nous le faisons, des trajets en train avec des tarifs exceptionnels. C’est une réponse concrète au pouvoir d’achat et à la protection de l’environnement. C’est permettre à nos concitoyens de s’évader près de chez eux, de partir à la rencontre de leur région.

Alors oui, avec 30 millions de touristes par an, nous sommes une région très attractive, et je m’en réjouis. Mais il ne s’agit pas de transformer nos villes, Toulouse ou Sète, en Barcelone ou en Venise ! Ce que je souhaite, c’est un équilibre entre les intérêts des habitants et les attentes des visiteurs. Il réside dans la capacité du tourisme à maintenir des commerces et des services dans les zones les plus rurales de notre région. Nous visons un développement touristique équilibré qui fait des habitants les principaux bénéficiaires des équipements et infrastructures dédiés à l’accueil des touristes. Le développement touristique ne vaut, comme tout développement, que s’il est partagé par tous et qu’il constitue un progrès pour tous.

D’un autre côté, le tourisme est aussi un acteur important du dérèglement climatique, principalement à cause du transport aérien, qui fait l’objet d’une polémique croissante. C’est aussi un secteur-phare dans la région, très touché par la crise. Peut-on promouvoir un tourisme durable tout en volant au secours de l’avion ?

Nous sommes évidemment très attentifs à cette question. Depuis 2016, j’ai fait de la mobilité durable un cheval de bataille, en encourageant les habitants à utiliser les transports en commun mais aussi en soutenant le développement de nouvelles énergies non-polluantes comme l’hydrogène vert. Les  150 millions d’euros que nous avons mobilisés nous permettront ainsi de disposer de trois rames de trains à hydrogène et de structurer une nouvelle filière industrielle. Il faut en effet réinventer la mobilité.

La mobilité durable et l’économie ont des destins liés, tout comme l’avion et le tourisme. L’avion continuera en effet à être ce trait d’union entre les peuples et les continents, symbole de la découverte d’autres horizons, et surtout, d’autres cultures. C’est pour cela que je crois fermement à l’avion vert. Ce n’est pas un rêve. L’industrie aéronautique a toujours démontré sa capacité à innover, à repousser toujours plus loin le génie humain. Et pour garantir la compétitivité de nos entreprises dans les années à venir, l’avion vert est fondamental et je propose que la France soit leader dans ce domaine.

« Changer de modèle, c’est par exemple proposer, comme nous le faisons, des trajets en train avec des tarifs exceptionnels. C’est une réponse concrète au pouvoir d’achat et à la protection de l’environnement »

Peut-on imaginer, dans quelques années, des touristes qui, jusqu’au dernier kilomètre, n’ont pas besoin de prendre leur voiture quand ils viendront en vacances dans la région ?

Ce futur que vous imaginez, c’est déjà une réalité ici en Occitanie : le train de nuit Paris-Toulouse-Luchon transportait les touristes au pied des pistes de ski. Pour trouver les solutions, les innovations, il suffit parfois d’observer et de revenir à ce qui existait, les anciens avaient du bon sens. Et le progrès… c’est parfois refaire ce que nos pères ont défait, puisque ce train a connu un arrêt brutal en 2014. Dès mon arrivée à la présidence de la Région en 2016, je me suis battue pour sa réouverture.

Cette ligne sera notre ligne test pour le train à hydrogène. Et toujours dans l’objectif de favoriser les déplacements en transports en commun des vacanciers, la Région renforcera également son offre de transports routiers interurbains, à destination des grands sites touristiques. Une nouvelle offre va être mise en place permettant de se rendre jusqu’au pied des lieux incontournables.

Un des professionnels qui témoigne dans ce numéro parle d’une saison toujours plus courte, d’un littoral saturé au mois d’août. La pression exercée sur les Grands sites d’Occitanie est elle aussi très concentrée pendant les quelques semaines d’été. C’est également un enjeu des prochaines années : étendre la fréquentation touristique dans le temps et dans l’espace ?

Les 40 Grands Sites d’Occitanie, le tourisme « 4 saisons », répondent justement aux problématiques de sur-fréquentation, avec des touristes mieux répartis sur le territoire et sur toute l’année. Notre région est vaste, et ses paysages très diversifiés permettent ce développement raisonné. Dès 2019, nous avons lancé un fonds tourisme doté de 101 millions d’euros pour mettre en œuvre une stratégie de tourisme durable et responsable. Concernant le littoral par exemple, nous souhaitons développer l’habitat flottant, et nous avons mobilisé 1 milliard d’euros pour le Plan Littoral 21 en Occitanie dont la vocation est de rénover les stations balnéaires et de lancer des actions pour faire face au changement climatique. Il y a, par exemple, le projet Ville et Port de la Grande-Motte, l’aménagement du cœur de la station touristique du Cap d’Agde ou du lido de Frontignan, la mise en valeur du phare de l’Espiguette au Grau-du-Roi… L’idée, c’est de proposer des réponses pour les campings, pour la requalification du littoral, mais aussi d’offrir une alternative pour l’hébergement sous forme de résidences de tourisme, de rénovation des stations balnéaires, de  mutation des stations thermales et de montagne.

Cet article est issu du numéro #5 d’Oxytanie