Photographe, rédacteur de guides, vous avez voyagé dans le monde entier, visité plus de 45 pays… Pourquoi ce voyage en France ?

Mathieu Mouillet : Dans tous les endroits où j’étais allé, systématiquement, on me demandait « Pourquoi venir chez nous alors que vous vivez dans le plus beau pays du monde ? » L’idée a fait son chemin. Pourquoi partir au bout du monde quand, paraît-il, « le voyage commence en bas de chez soi » ? Mais je ne voulais pas faire un voyage « touristique », je voulais rencontrer des acteurs du territoire, des gens très différents les uns les autres. C’est ce qui m’intéresse d’abord dans le voyage : rencontrer des gens qui vivent un peu différemment et écouter ce qu’ils ont à raconter.

En 2015, quand j’ai commencé mon périple, il y avait déjà l’envie de se tourner vers les tiers lieux, les circuits-courts, la démocratie participative, l’économie circulaire… Je voulais explorer tout ça. Et puis au-delà de ce projet de recherche – voir dans quel état les campagnes françaises se trouvaient – c’était aussi un projet personnel. Je n’en pouvais plus d’être Parisien, de broyer du gris en permanence. Il était temps que je me sauve, au sens propre !

« Ce que j’ai découvert, finalement, peut ressembler à une vision optimiste du « monde d’après ». Pendant un an et demi, j’ai rencontré des gens radieux qui avaient pris leur destin en main et qui étaient heureux, ravis d’habiter là où ils étaient. Je ne pensais pas qu’il y avait une telle énergie en attente »

Il y a un mélange de préparation et d’improvisation dans votre traversée. Comment concilier les deux ?

Mathieu Mouillet : J’avais bien préparé le voyage en amont et pour chaque département, j’avais les coordonnées d’une vingtaine de personnes que je contactais au fur et à mesure de mon avancée. Souvent, elles me dirigeaient vers d’autres personnes, parfois ne répondaient pas ou alors je tombais au mauvais moment. La préparation me permettait d’avoir une colonne vertébrale sur laquelle je pouvais me reposer, qui donnait la direction, et ensuite, autour de ça, je savais qu’il allait s’agréger plein de choses que je ne maîtrisais pas et que je ne voulais surtout pas maîtriser. Parfois, c’est quand on ne cherche pas qu’on trouve exactement ce qu’on cherchait sans le savoir ! Le vrai voyage commence quand on ne sait pas où l’on va. Je ne voulais surtout pas relier les points qui étaient posés sur la carte avec un emploi du temps réglé à l’avance. En voyageant comme ça, on ne peut pas honorer les bonnes surprises. Résultat : j’étais parti pour un an mais au final le voyage a duré un an et demi.

Il fallait aussi passer de longs épisodes de marche, très introspectifs, aux moments de rencontres, plus ou moins prévues…

Mathieu Mouillet : En effet, cela donne un voyage un peu bipolaire ! Il y avait des moments où j’étais vraiment immergé chez les gens qui me recevaient, très intenses ; et le reste du temps, je passais des journées entières à marcher seul, d’un point à un autre. C’était la partie contemplative du voyage et là, pour le coup, je ne rencontrais plus personne. À part sur le chemin de Compostelle où il y a beaucoup de marcheurs, partout ailleurs la diagonale du vide porte bien son nom. C’était la bonne mesure. La solitude fait aussi désirer le contact avec les autres, on savoure d’autant plus les moments où l’on croise des gens sur la route, même quand c’est pour discuter cinq minutes.

[…]

Pour lire le témoignage passionnant de Mathieu dans sa totalité et soutenir la presse locale de qualité, commandez le numéro #5 d’Oxytanie !

 

Bivouac à la campagne. Photo Mathieu Mouillet

Qui est-il ?

En 2001, il est a parti à vélo pendant dix-huit mois à travers l’Asie, l’Amérique du Sud et l’Afrique enregistrer les musiques du monde. Depuis, Mathieu Mouillet n’a jamais cessé de voyager, préférant les voyages sans moteur et les rencontres aux destinations. De l’Irlande au Botswana, de Cuba à l’Ouzbekistan, il partage ses carnets de voyage sur son blog.  En 2015-2016, il traverse la France à pied à travers la diagonale du vide. En mars 2018, il publie le récit de son voyage La Diagonale du vide, un voyage exotique en France. C’est à la fois un carnet de route pour ceux qui veulent partir à l’aventure mais aussi pour tous ceux qui se posent des questions sur la manière dont les campagnes françaises réagissent et agissent face à un monde qui change.
Retrouvez des extraits exclusifs dans Oxytanie#5.