Pour faire découvrir leur territoire, ils proposent aux visiteurs de s’immerger dans leur quotidien. Une initiative salutaire qui débute… en Occitanie !

 

Pour découvrir l’agropastoralisme méditerranéen, que diriez-vous de passer quelques jours avec Sabine et Gérard, qui élèvent des brebis en plein cœur des Cévennes ?

Vous avez plutôt envie de déconnecter avec un bain de forêt ? Et si vous alliez chez Guillaume, dans le Parc naturel régional Haut-Languedoc ? Il sera heureux de vous parler de permaculture et de son projet (un peu fou) de redonner vie à un hameau isolé.

 

Chez Guillaume, quelque part dans le sud du Tarn…

 

Il y a aussi Maïté, sur l’Aubrac. Enfant du pays et agricultrice passionnée, elle a rénové un buron pour accueillir les visiteurs de passage. Au rez-de-chaussée, dans la pièce où l’on fabriquait le fromage, elle prépare désormais l’aligot, le plat traditionnel du plateau.

Dans ces lieux reculés, loin de la frénésie des villes et du tourisme de masse, ces habitants proposent plus qu’un nid douillet et de bons repas : passionnés, ils partagent leur quotidien pour faire découvrir leur territoire, leur histoire et leur activité. « Avec eux, j’ai réalisé qu’on n’a pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour vivre une aventure humaine unique. » C’est le constat qu’a fait Loïc, 30 ans, à l’origine de ces « micro-immersions ». Micro, comme les micro-aventures, très tendances depuis quelques années (et dont nous vous parlions dans Oxytanie#5). Mais ici, avec un côté plus humain, une invitation à s’immerger véritablement dans une région avec ceux qui la connaissent le mieux : ses habitants.

 

Loïc, fondateur d’En Immersion.

« Si on suit les guides, on se retrouve
tous dans les mêmes endroits
qui sont déjà saturés.
Les aventures vraiment
authentiques,
ce ne sont pas celles
que l’on voit le plus »

 

Tout est allé très vite. Il y a un an, Loïc démissionnait du grand groupe dans lequel il travaillait. « Je voulais mettre plus de sens dans ce que je faisais et pouvoir faire évoluer les choses. » Et puis, il a ce projet dans un coin de la tête… « Pour mon travail, j’ai eu la chance de vivre et de beaucoup voyager à l’étranger, confie le Montpelliérain. D’un côté, j’ai eu cette prise de conscience personnelle que ma façon de voyager jusqu’à présent n’était pas la plus écologique et la plus respectueuse qui soit. Et de l’autre, je me rendais compte que c’était compliqué de vivre des expériences hors des sentiers battus, pas impossible mais compliqué… parce qu’on a du mal à les trouver. Si on suit les guides, on se retrouve tous dans les mêmes endroits qui sont déjà saturés. Les aventures vraiment authentiques, ce ne sont pas celles que l’on voit le plus… »

Dès la levée du premier confinement, il prend son sac à dos et commence par sillonner sa région, l’Occitanie. Pendant plusieurs mois, Loïc rencontre des centaines d’habitants… et au début de l’été, bien plus vite qu’il l’avait envisagé, il décide de se lancer. « D’un côté je faisais des rencontres incroyables et de l’autre, je voyais que les gens se renseignaient pour partir en France, hors des sentiers battus. Je ne pouvais pas les garder pour moi ! Avec les premiers habitants, on a décidé de lancer En Immersion rapidement, avec un site qui a juste les fonctionnalités de base et qu’on améliore au fur et à mesure. »

Les habitants sont partie prenante. En Immersion n’est pas conçu comme une plateforme mais comme une communauté, où chacun participe aux décisions et au développement du projet. « On est à l’écoute des habitants et des voyageurs. Le but c’est d’être adapté à la réalité, de répondre à de vrais besoins », explique Loïc.

 

Maïté, habitante de l'Aubrac.
Maïté, habitante de l’Aubrac.

« L’idée, c’est d’amener les gens
à découvrir nos territoires
à des saisons moins fréquentées,
à des moments où on a
davantage de temps
mais aussi où il y a plus
de choses à découvrir »

 

Maïté fait partie des premiers habitants à embarquer dans l’aventure. Depuis cinq ans, elle accueille les touristes dans un buron typique de l’Aubrac, près de Nasbinals, en Lozère. Un revenu supplémentaire mais aussi une façon de partager son quotidien d’éleveuse, de « reconnecter » avec les citadins. « C’est terrible de se dire que les gens consomment tous les jours des produits agricoles sans savoir comment ils sont produits. Il faut les amener à mieux nous comprendre, à mieux connaître notre métier, et ça, ça passe par le dialogue et par l’accueil », soutient la jeune femme.

Quand les visiteurs en expriment l’envie, elle les emmène volontiers sur le terrain, visiter la ferme, partager avec elle des moments privilégiés au cœur de l’élevage. « Mais ça, on ne peut pas le faire la semaine du 15 août, reconnaît Maïté. L’idée d’En Immersion, c’est d’amener les gens à découvrir nos territoires à des saisons moins fréquentées, à des moments où on a davantage de temps mais aussi où il y a plus de choses à découvrir. L’avantage de passer par la plateforme, c’est qu’on sait que c’est une attente des visiteurs, qu’ils viennent pour le cadre mais aussi pour vivre cette rencontre humaine, ce partage ; et cela se fait naturellement. »

Une opération engagée pendant le confinement

Comme Maïté, ils sont nombreux à partager les mêmes valeurs, le même sens de l’accueil. Mais ils n’ont pas forcément de visibilité. « Sur les grosses plateformes de réservation, la clé d’entrée c’est de savoir où aller, explique Loïc. Mais comment tu fais si tu veux juste sortir des chemins tout tracés ? Tu ne sais même pas où se trouvent Marchastel ou la forêt de Montagnol. » L’objectif, c’est d’abord de fédérer ces habitants, qui ont déjà des capacités d’accueil, mais aussi de construire avec eux une manière d’accueillir plus humaine, plus vraie.

L’étape suivante, ce sera d’accompagner de nouvelles personnes qui sont dans la même démarche mais qui n’ont pas encore la possibilité de recevoir des voyageurs. Il faudra les aider pour les travaux, les former, les conseiller… « Sans tomber dans les travers d’Airbnb, où les personnes sont poussées à louer le plus possible leur logement, poursuit Loïc. On voudrait que ça reste une activité complémentaire, seulement quelques jours par an. On ne veut pas retomber dans une logique de masse, qu’on essaie de combattre justement. Pour ça, il faut mieux maîtriser les flux de voyageurs, les renvoyer quand il le faut vers des destinations moins prisées ou les amener à choisir d’autres moments de l’année. »

Chez Maïté, quelque part sur le plateau du Larzac…

Pour l’instant, En Immersion se concentre uniquement sur l’Occitanie, « qui a un potentiel énorme », reconnaît Loïc. La communauté compte une quinzaine d’habitants, mais elle s’étoffe un peu plus chaque semaine. « Aujourd’hui on a la chance d’avoir des gens qui se reconnaissent dans notre projet et qui veulent rejoindre la communauté, mais la plupart du temps, les habitants n’ont même pas conscience que leur quotidien est intéressant », remarque-t-il. De plus en plus, les citadins veulent vivre des expériences authentiques, des moments simples sans le côté péjoratif que peut avoir ce mot. La crise sanitaire a accéléré les tendances de fond qui avaient commencé à émerger. »

À l’annonce du second confinement, un coup dur, la communauté a décidé de lancer « En immersion engagée », une opération à mi-chemin entre l’appel à la solidarité et le financement participatif. Sur KissKissBankBank, on peut préréserver une micro-immersion à réaliser plus tard ; l’intégralité du montant sera reversée à l’habitant. La campagne est un succès, avec déjà une cinquantaine de contributeurs et un objectif dépassé de plus de 480% mi-décembre. Elle se poursuit jusqu’à fin janvier.


Vous souhaitez réserver une micro-immersion et soutenir le projet, c’est par ici.

Vous êtes juste curieux et vous souhaitez en savoir plus, c’est par .

Vous êtes un habitant, un voyageur, vous aimeriez participer au projet,
contacter Loï à loic@enimmersion.com.

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