Peux-tu expliquer la genèse du projet ?  

J’ai travaillé pendant de nombreuses années dans la grande distribution en France et à l’étranger, mais aussi à Biocoop. Quand je suis arrivée à Toulouse, il y a deux ans, j’avais envie de m’investir dans un projet de territoire. C’est comme ça que j’ai répondu à un appel à projets du Parcours de l’incubateur Première Brique sur la thématique de l’économie circulaire. L’idée de la consigne m’est venue rapidement, car cela faisait longtemps que j’étais sensible au non-sens de la pratique du recyclage des bouteilles en verre. Pourquoi les casser alors qu’elles sont en parfait état ? J’ai proposé l’idée de créer un réseau de consignes et elle a été sélectionnée. J’ai donc pu commencer à étudier le concept plus en profondeur.

« L’accueil a été très positif. La volonté de changer de modèle est perceptible et les volumes de bouteilles largement suffisants. Mais il faut changer de façon de procéder et ça ne se fait pas du jour au lendemain »

Quels ont été les retours de ton étude de faisabilité ?

Que ce soient les producteurs de vins, les brasseurs, les entreprises logistiques, les usagers et les distributeurs, l’accueil a été très positif. La volonté de changer de modèle était perceptible et les volumes de bouteilles largement suffisants. Mais nous avons estimé que la mise en place de ce réseau prendrait tout de même un certain temps avant d’être totalement viable. Il faut changer de façon de procéder et ça ne se fait pas du jour au lendemain.

 

Qu’est-ce qui t’a inspiré ?

Rapidement, j’ai pris connaissance du réseau consigne qui met en lien tous les projets français autour de cette thématique. Je me suis beaucoup documentée, j’ai étudié d’autres projets déjà installés en France. Il y en a de plus en plus qui émergent.

 

Quel volume est nécessaire pour que ce réseau fonctionne ?

Sur la région toulousaine, nous avons estimé qu’il fallait collecter 700 000 bouteilles par an. Ce sont 700 000 bouteilles qu’il faut par ailleurs laver et revendre, ce qui implique que les producteurs soient prêts à les racheter et que les usagers soient prêts à les retourner. C’est là que le temps est précieux pour faire évoluer les habitudes. Un autre point déterminant, c’est la qualité de la bouteille elle-même. En effet, pour être réutilisable jusqu’à vingt fois, elle doit être plus lourde et plus épaisse. Donc ce réseau ne peut pas fonctionner avec toutes les gammes de bouteilles. Beaucoup doivent évoluer vers plus de durabilité.

Comment fonctionne le recyclage du verre dans la région ?

À Toulouse, les débris de verre déposés dans les récup’verre sont transportés jusqu’à la verrerie d’Albi pour être triés, lavés et brûlés à 1 500°C pendant 24 heures. Ensuite, ils servent en partie à fabriquer de nouvelles bouteilles. En effet, il n’y a qu’une partie, le calcin, qui sera réutilisé pour fabriquer de nouvelles bouteilles, soit 30 % de la bouteille initiale. Le reste sert à fabriquer du goudron pour les routes par exemple. Pour fabriquer de nouvelles bouteilles, il y a besoin de matières brutes comme du sable ou du silicium.

La verrerie d’Albi fabrique essentiellement des bouteilles haut de gamme. Des bouteilles de spiritueux qui partent ensuite partout dans le monde. Elles sont donc loin d’être revendues sur le territoire, et c’est bien de le savoir, car on cherche à nous faire croire que les taux de recyclage sont extraordinaires. En vérité, le modèle est loin d’être optimal. Les verreries fonctionnent en « ligne produit » en fabriquant une même gamme de bouteilles. Les producteurs doivent donc parfois s’approvisionner bien en dehors du territoire pour avoir une ligne de bouteille spécifique. Par exemple, nous avons rencontré un producteur ariégeois qui doit se fournir aux Émirats arabes unis !

 

Quel est le coût énergétique ?

En 2009, le cabinet de conseil Deroches Consultant a publié une étude au sujet des bouteilles des Brasseries Meteor*. Elle compare une bouteille consignée par rapport à une bouteille recyclée et démontre que le gain environnemental pour la bouteille consignée est de 79 % d’émission de CO², de 73 % d’énergie primaire et de 33 % d’eau de gagnée par rapport à une bouteille recyclée.

Évidemment, il faut que la bouteille consignée soit utilisée dans un périmètre restreint, tout simplement car le coût énergétique pouvant être imputable à la consigne, c’est le coût du transport et le nombre d’utilisations de la bouteille.

 

Pourquoi la consigne a laissé la place au recyclage ?

Dans les années 80, avec l’arrivée de nouveaux emballages plastiques et du Tetra, les industriels se sont engouffrés dans cette manne, car c’était innovant, plus léger et ça permettait de développer de nouveaux marchés, plus lointains. Le problème, c’est que parallèlement, ça générait énormément de déchets et les collectivités ont commencé à tirer la sonnette d’alarme en tant que gestionnaires du traitement des déchets. C’est là que la « Responsabilité élargie des producteurs » a été mise en place. On a décidé à ce moment-là d’appliquer une taxe aux emballages pour ensuite la reverser aux collectivités pour leur permettre de pouvoir gérer le maximum de déchets. En Allemagne, la question s’est posée à la même époque et le pays a fait le choix de la consigne obligatoire. C’était donc un choix politique bien que la consigne perdure toujours en France dans les cafés, hôtels et restaurants.

 

En quoi consistait l’expérimentation et quels sont les retours attendus ?

L’expérimentation s’est faite sur trois mois avec nos quarante partenaires (vingt producteurs, vingt distributeurs et deux entreprises logistiques). On pouvait retrouver dans ces enseignes quelques gammes de bouteilles de 75 cl consignées, repérables par un petit sticker jaune. Les clients étaient invités à ramener leurs bouteilles rincées sur les lieux de vente. Ensuite, les deux entreprises de logistique géraient la collecte. Les bouteilles ont été envoyées au lavage à Bordeaux, car il n’existe pas de station de lavage à Toulouse.

Notre objectif est de valider les coûts logistiques, organisationnels, mais aussi le taux de retour des bouteilles et déterminer si le projet est viable. La seconde étape de l’expérimentation va consister à prospecter de nouveaux producteurs et distributeurs en vue d’obtenir un volume suffisant pour pouvoir installer une station de lavage sur notre territoire d’ici fin 2020.

« Beaucoup d’industriels ne sont pas prêts à changer de modèle. C’est donc aux  consommateurs de faire évoluer la norme par leur pouvoir d’achat au sens propre »

Ressens-tu des signes annonciateurs d’un changement de paradigme pour ce modèle du recyclage ?

L’adhésion des consommateurs à la consigne des bouteilles en verre sera un signal fort ! Il est navrant de voir encore des projets changer leur emballage pour adopter le plastique. Ceci prouve que beaucoup d’industriels ne sont pas prêts à changer de modèle. C’est donc aux consommateurs de faire évoluer la norme par leur pouvoir d’achat au sens propre. Si les industriels constatent que les produits consignés rapportent plus d’argent que les autres, le changement se fera de lui-même. Cela reste une niche pour l’instant, mais je suis persuadée que sur le long terme, la consigne peut bel et bien être un élément de différenciation.

 

(*) L’entreprise Meteor produit de la bière en Alsace. Les bouteilles de 75 cl sont consignées et réutilisées en moyenne 19 fois, c’est-à-dire qu’une bouteille peut circuler pendant plus de six ans.

Retrouver l’intégralité de l’article dans le numéro #2 d’Oxytanie

Zéro déchet : faire sa transiton : un guide pratique de six pages et une recette dans le numéro #2 d’Oxytanie


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