Plaine du Lauragais, un jour ensoleillé d’octobre. Si la météo est clémente, le contexte est morose. Comme un peu partout dans la région, les agriculteurs ont manifesté la veille à Castelnaudary pour dénoncer la déconsidération dont ils sont victimes (« l’agribashing »), les normes toujours plus fortes, la concurrence déloyale, ainsi que les derniers accords de libre-échange qui vont déstabiliser encore davantage le secteur… Un profond mal-être qui s’est installé dans les campagnes et qui a débordé quand plusieurs dizaines de municipalités, un peu partout en France, ont décidé d’interdire l’utilisation des produits phytosanitaires près des habitations. Le coup de grâce. « On résume l’agriculteur à un tueur alors que son métier, c’est de faire pousser la vie. Pulvériser des produits, c’est une infime partie de son travail », souligne Loïc Doussat. Le Chaurien a choisi la terre alors que rien ne l’y prédestinait. Mais son métier, à lui, c’est d’accompagner les agriculteurs. Le conseiller grandes cultures de la chambre d’agriculture de l’Aude est en première ligne.

Depuis une dizaine d’années qu’il conseille les agriculteurs de son secteur, Loïc a vu leur situation se dégrader et certains baisser les bras. « Avec moins de 100 hectares de grandes cultures on ne survit plus ici, sauf si on a un atelier de transformation ou un autre emploi à côté. Et même dans les grosses exploitations, en dessous de 300 hectares, il est difficile de se permettre d’avoir un salarié. » 

Comme les autres filières, les grandes cultures n’échappent pas à la crise agricole. Les cours mondiaux du blé dur, emblématique du Lauragais, n’ont cessé de chuter depuis la libéralisation en 2000 du marché des matières premières agricoles par l’Union européenne. Les subventions via la Politique agricole commune (Pac) ont été divisées par deux en vingt ans. « On évolue sur un marché mondial où la concurrence est de plus en plus dure. » Surtout que les rendements, eux, n’augmentent plus depuis vingt ans. La faute aux aléas climatiques mais pas seulement. Depuis les années soixante, la région s’est spécialisée dans les espèces les plus intéressantes (blé dur et tournesol) au détriment des autres productions. Une intensification qui favorise la prolifération de maladies de plus en plus virulentes, augmentant de ce fait la dépendance… aux pesticides.

« Aujourd’hui, le vrai défi pour un agriculteur, c’est de supprimer tous les intrants en cide – pesticides, insecticides, fongicides, etc. – sans perdre la qualité de ses produits. Mais c’est à ses risques et périls, il n’a pas de filet de sécurité »

Depuis 2012, le conseiller agricole suit une douzaine de « fermes Dephy » engagées volontairement dans la réduction de l’usage de produits phytosanitaires. Elles sont en conventionnel, en bio ou en conversion, peu importe : l’objectif est de trouver des alternatives au chimique et de partager les bonnes pratiques. « On travaille sur la suppression des intrants mais le but, ce n’est pas de remplacer un produit de synthèse par un produit biologique, précise Loïc. Il faut trouver de vrais leviers, des pratiques efficientes qui fonctionnent sur la durée. Cela prend du temps. Aujourd’hui, le vrai défi pour un agriculteur, c’est de supprimer tous les intrants en cide – pesticides, insecticides, fongicides, etc. – sans perdre la qualité de ses produits. Mais c’est à ses risques et périls, il n’a pas de filet de sécurité. S’il ne respecte pas les normes sanitaires, il ne vendra pas sa production. Cette année, certains se sont retrouvés avec des lots de récolte impropres à la commercialisation qui ont été détruits. »

Retrouver l’intégralité de l’article dans le numéro #3 d’Oxytanie