Laurane et la dispersion des lézards

Cela ressemble à un labyrinthe mais en réalité il s’agit d’un équipement scientifique unique au monde :  un ensemble de cages reliées entre elles et à l’intérieur desquelles on impose certaines conditions de température, d’humidité et de rayonnement solaire, tout cela contrôlé à distance. « C’est l’intérêt numéro 1 du Métatron : on peut manipuler le climat à grande échelle. Dans la nature, il est impossible d’isoler des facteurs comme le réchauffement climatique sans avoir ce que l’on appelle des facteurs confondants. » Ici, les 2 degrés de plus prévus dans cinquante ans sont déjà une réalité. Enfin, pas tout à fait : seulement dans la moitié des cages en activité. Car l’objectif, c’est de voir comment les espèces animales réagissent au changement climatique mais aussi quelle va être leur réaction : soient elles s’adaptent, soit elles meurent, soit elles dispersent. La dispersion, c’est l’objet d’étude de Laurane, post doctorante à Moulis depuis l’année dernière. Et l’espèce de prédilection de cette jeune Belge de 33 ans, c’est le lézard vivipare, « un très bon modèle d’étude» car il est très sensible aux changements environnementaux. « Les dernières années d’études ont montré qu’avec une température supérieure de 2 degrés, il y a une accélération du cycle de vie : ils se reproduisent et meurent plus tôt. »

Chercheuse d’eau douce

Aussi inédit et spectaculaire que son prédécesseur terrestre, voici le Métatron aquatique, un réseau complexe de petites mares interconnectées. Des micro-organismes (zoo et phytoplancton), micro-invertébrés (mollusques, amphipodes crustacés) et poissons de petite taille ont élu domicile dans les grandes cuves bleues, mises en service il y a quelques mois, où il est possible « d’imiter » les écosystèmes naturels. Le dispositif permet d’étudier des écosystèmes complets par bassin ou rivière, et de les répliquer de nombreuses fois. On peut y observer les effets conjoints du réchauffement climatique et de la fragmentation des habitats sur la biodiversité des écosystèmes et leur fonctionnement.

Michèle et ses « petites bestioles »

Bienvenue dans le monde de l’infiniment petit. Ici, c’est le domaine de Michèle Huet, assistante ingénieur. Responsable des plateaux techniques de Moulis, dont elle a œuvré à la création dès 2007, elle participe à ce titre à de nombreux travaux de recherche. En ce moment, une quinzaine de chercheurs se relaient au laboratoire pour utiliser les instruments de pointe que Michèle connaît comme personne. Mais ce qui fascine plus que tout cette originaire des Ardennes, ce sont les protistes, des organismes unicellulaires bien trop petits pour être vus à l’œil nu. Il en existe de nombreuses espèces : des micro-champignons, des amibes, des ciliés ou encore des micro-algues qui appartiennent au règne végétal. « Ces micro-organismes sont notamment retrouvés dans le plancton », précise-t-elle. Ce qui intéresse particulièrement les scientifiques de Moulis, c’est leur comportement. « Certains de ces organismes sont très connus en génétique mais pas en écologie. On connaît assez bien le génome de certains protistes, mais peu leur rôle dans la nature. »

Retrouver l’intégralité des articles dans le numéro #3 d’Oxytanie, ainsi que l’interview du théoricien Michel Loreau.


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