Quel est l’objectif de Ramène ta fraise

Gwenaëlle Guerlavais (cofondatrice et ancienne présidente de l’association) : On veut faire prendre conscience aux parents que la question de l’alimentation est fondamentale ; elle a un impact sur la santé des enfants et donc leur évolution. Il faut qu’ils regardent un peu plus les étiquettes et ce qu’il y a dans l’assiette, qu’ils se posent plus de questions. Il y a un énorme travail à faire aujourd’hui car c’est un enjeu qui doit devenir central !

Comment faites-vous pour provoquer cette prise de conscience ? 

On n’est pas là pour faire peur ou culpabiliser les parents mais pour leur donner les clés et leur montrer que des solutions existent. Manger mieux, c’est possible, et cela peut commencer par des choses toutes simples comme changer de marque de céréales ! On partage plein d’idées et de bonnes pratiques sur notre site internet. Bien sûr, ça ne se fait pas du jour au lendemain mais progressivement.

Cela ne doit pas être une contrainte mais un plaisir : c’est agréable de faire quelque chose de bon pour ses enfants, de leur faire choisir leur goûter, d’aller faire les courses avec eux… Quand on leur explique, ils comprennent très bien. C’est important de les impliquer parce que, ce qu’on veut, c’est que plus tard ils soient en capacité de se nourrir bien tout seuls.

Vous organisez aussi des conférences avec des professionnels, sur quels thèmes ?

L’année dernière on a parlé d’obésité, de bio à la cantine, de locavorisme et des perturbateurs endocriniens avec Charles Sultan, professeur d’endocrinologie pédiatrique à Montpellier, qui alerte depuis trente ans sur cette question. En 2020, on abordera les thèmes des produits ultra-transformés et du sucre, avec des questions très pratiques : où se trouve le sucre et comment diminuer la consommation des enfants.

 

 « Manger mieux, c’est possible,
et cela peut commencer par des choses toutes simples
comme changer de marque de céréales ! »

 

Pour le premier anniversaire de l’association, mi-novembre 2019, vous êtes revenues sur les cantines. Pourquoi ?

Parce que pendant un an on a entendu que ce n’était pas possible de faire mieux, que c’était trop cher, mais on nous raconte des salades : il y a de nombreux exemples qui nous montrent que c’est possible quand on en a la volonté. Aujourd’hui, il y a encore une résistance incroyable de la part des collectivités ! C’est pourtant le rôle de la puissance publique d’avoir une vraie politique de l’alimentation vis-à-vis des enfants car ce sont les adultes de demain. L’aspect financier ne doit plus être la première variable. à Barjac, dans le Gard, le maire a imposé le 100 % bio à la cantine, et le surplus financier, c’est la mairie qui l’a pris à sa charge. Affirmer que l’alimentation c’est une priorité, c’est un choix politique. Et puis l’argument financier, c’est un faux débat. ça ne coûte pas plus cher, d’autant qu’il y a d’autres leviers à actionner : réduire le gaspillage et les portions par exemple… Les quantités de viande notamment sont beaucoup trop importantes.

Que conseillez-vous aux parents ?

Posez des questions, demandez qui fournit le repas, allez manger à la cantine ! Mais ça va beaucoup plus loin que le bio. Dans ma commune, on s’est battu pour avoir du bio à la cantine et on a réussi. Je m’attendais à avoir des bonnes pommes des Cévennes mais en fait c’était toujours la même compote industrielle, mais bio. La priorité pour nous, c’est d’avoir du local, de qualité, en respectant les saisons. Et au-delà de la question du contenu, il y a celle du contenant. Quand on fait réchauffer les barquettes en plastique à très haute température, cela relâche des perturbateurs endocriniens dans les aliments. Pour éviter ça, l’idéal c’est le fait-maison.

Cet article est issu du numéro #3 d’Oxytanie

Trois idées toutes simples pour agir

  • Au restaurant, demandez une demi-portion

Osez dire non à l’habituel soda-frites-nuggets-glace et laissez votre enfant découvrir comme vous de nouvelles saveurs. Pourquoi ne pas plutôt demander la demi-portion d’un plat adulte quand c’est possible ?

 

  • Résistez aux bonbons !

Les enfants consomment deux à trois fois trop de sucre, il y en a partout ! Commençons par enlever le « sucre évident » comme les bonbons. « Il faut arrêter d’associer le plaisir et le sucre », note Gwenaëlle. Le moment de plaisir, c’est d’être avec ses amis et de partager le gâteau, non ?

 

  • Revenez à des choses simples

Revenons au classique le matin : du lait, des tartines beurrées, mais aussi une petite omelette ou du fromage si cela fait plaisir à votre enfant.  Pour le goûter : une pomme, quelques noisettes, des fruits séchés. Et si on a le temps et l’énergie, on privilégie le fait-maison, qui n’est pas nécessairement compliqué ni chronophage.

 


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