Alors que d’autres succombaient aux zones industrielles et aux centres commerciaux, cette petite commune de l’agglomération nîmoise misait sur l’agriculture biologique et les circuits courts.

Ce n’était pas le chemin le plus facile, mais onze ans après, ce projet innovant de reconquête agricole aboutit enfin… et pourrait inspirer bien d’autres territoires.

 

Plutôt que le béton, ils choisissent de sauver les terres agricoles

Saint-Dionisy, à 15 kilomètres de Nîmes (Gard), ne voulait pas se faire grignoter par la ville. Il y a onze ans, cette petite commune d’un millier d’habitants refusait l’artificialisation de neuf hectares de terres agricoles et, à la place, décidait de lancer un ambitieux projet de développement de l’agriculture et des circuits courts sur son territoire. « Quand j’ai été élu en 2008 et que je suis arrivé à l’Agglo, à Nîmes, j’ai été surpris de voir que quand on parlait développement économique on ne parlait que de zones industrielles… Pour l’agriculture, on ne faisait rien », se souvient l’ancien maire Michel Gabach. Il n’a jamais travaillé la terre mais l’ancien receveur des postes se décrit comme un passionné « du vivant », et notamment des animaux de basse-cour (il a fondé le Club avicole gardois en 1979).

À contre-courant de nombreuses communes périurbaines qui misent sur le développement « économique », Saint-Dionisy s’attelle à conserver sa qualité de vie et ses terres agricoles. « On était un peu à contre-courant », reconnaît le septuagénaire, qui depuis juillet dernier a laissé les rênes de la mairie à son successeur, Jean-Christophe Grégoire. Onze ans après le lancement du projet, ils étaient côte à côte l’été dernier pour poser la première pierre de la Halte paysanne, une boutique de vente alimentée par les producteurs locaux de la Vaunage, cette vaste plaine située entre les villes de Sommières et de Nîmes.

« C’est un projet qui a pris du temps parce qu’il était novateur, et puis on ne cochait pas les bonnes cases, les gens étaient très frileux… À l’époque, il y avait peu de communes qui investissaient comme ça dans l’agriculture. Aujourd’hui, c’est différent, on vient plus souvent me poser des questions… »

Les producteurs engagés dans le projet, autour de Michel Gabach. Photo Dorian Refledame

11 ans de démarches et 1 million d’euros d’investissement

Retour en 2010. Un agriculteur sans repreneur met en vente 9 hectares de terres agricoles qu’un acheteur veut bétonner pour en faire une brocante. La mairie s’y oppose et propose un projet alternatif centré sur l’agriculture bio. « La finalité, explique Michel Gabach, c’était de produire des produits sains, sans pesticides, et faire de la polyculture pour qu’on ait tout sur place en circuit court. »

En 2016, la commune acquiert un hectare de terres pour construire le bâtiment où sera installée la future Halte paysanne : des ateliers-relais et une boutique où les agriculteurs et artisans de la Vaunage pourront vendre leurs productions en direct.

Pour gérer le foncier, une Société coopérative à intérêt collectif (SCIC), « Bioo Rhôny », est créée en 2018 ; elle associe collectivités, privés, associations de consommateurs et agriculteurs. Elle fait l’acquisition de 7 hectares de terres agricoles pour les mettre gratuitement à disposition de jeunes agriculteurs bio.

En 2020, les producteurs se réunissent en association pour gérer collectivement la Halte paysanne. Financé par la municipalité avec le soutien financier de nombreux partenaires (État, Europe, Département du Gard, Région Occitanie et Nîmes Métropole), le bâtiment sera terminé d’ici quelques semaines.

 

« C’est une opération où on ne va pas gagner des sous
mais on va marquer une volonté et réaliser nos convictions »

Carole, Camille, Rémi et Vincent, quatre des 22 producteurs qui vont proposer leurs produits au sein de la Halte paysanne. Photo Dorian Refledame

Des terrains pour les jeunes agriculteurs

C’est également cette année que quatre jeunes agriculteurs vont pouvoir démarrer leur production bio sur les terres de la SCIC. Ils bénéficient aussi des ateliers-relais pour un loyer dérisoire. « On peut le faire parce qu’on a eu des subventions et qu’on a réussi à équilibrer notre budget. C’est une opération où on ne va pas gagner des sous mais on va marquer une volonté et réaliser nos convictions, précise Michel Gabach, toujours pleinement investi en tant que président de la SCIC. En tout, cela représente quand même un investissement de près d’un million d’euros. Pour un village de 1 000 habitants, ce n’est pas rien ! Ce n’était pas gagné d’avance mais on a persévéré. »

La Halte Paysanne sera bientôt ouverte, mais pour cela, les producteurs de la Vaunage ont encore besoin d’un petit coup de main pour s’équiper et aménager la boutique. Ils ont lancé un financement participatif sur la plateforme Bluebees. Au total, ils seront vingt-deux à alimenter la boutique et à se relayer dans les rayons pour « offrir une alternative locale et éthique aux supermarchés » qui se multiplient dans cette campagne devenue zone périurbaine.

Du blé au four, un pain 100% saint-dionisyen !

Des produits majoritairement bio, qui répondent à des critères de qualité stricts, et qui n’ont pas fait des centaines de kilomètres :  légumes, œufs, vin, fromage de chèvre, plantes médicinales, miel, artisanat… Parmi les deux nouveaux paysans installés à Saint-Dionisy, Hugues, paysan boulanger, cultivera son blé sur les terres de la SCIC, moudra sa farine et cuira bientôt son pain dans l’atelier de la boutique. On ne peut pas faire plus local !

« Aujourd’hui, il y a une prise de conscience sur l’importance d’une meilleure alimentation, de l’intérêt des circuits courts… Il faut la volonté politique pour mener ce genre de projets et elle commence à venir », se réjouit Michel Gabach. Et comme Mouans-Sartoux, qui s’est dotée de sa propre régie agricole municipale, la petite commune de Saint-Dionisy pourrait en inspirer bien d’autres…

Pour soutenir le projet en participant au financement participatif (jusqu’au 17 janvier), vous pouvez aller sur sa page Bluebees.