Pour les sauver, aidons-les !

Ils ont fait de leur jardin un paradis pour les oiseaux

Il n’y a pas besoin d’aller bien loin pour s’émerveiller. Dans leur jardin de Lasséran, un joli petit village à une dizaine de kilomètres d’Auch, Ginette et Daniel Dualé ont créé un petit paradis pour les oiseaux. Une vraie « station d’hiver » avec gîte et couvert assurés. Partout sur les arbres et autour de la maison, ils ont posé des nichoirs à mésange, mais aussi à chouette chevêche et à chauves-souris. Et des mangeoires de toutes sortes, imaginées et fabriquées par le maître des lieux.

Il suffit de s’asseoir calmement pendant quelques minutes pour les voir arriver. « Ils ont leurs heures », confie le jeune retraité, qui ne se lasse pas du spectacle. Les chardonnerets ouvrent le bal ; ce sont les plus nombreux à se diriger vers les graines de tournesol. Ils laissent tout le temps de les observer car ils se régalent sur place, contrairement aux mésanges qui, elles, prennent une graine et vont la manger plus haut, sur une branche du prunier. Bientôt un verdier arrive, suivi d’un grosbec casse-noyaux. « C’est une femelle. Le mâle, lui, a les ailes et la coiffe plus foncées. Magnifique ! »

« La pose de nichoirs n’a rien de dérisoire :
une espèce peut être maintenue grâce à cette seule action
 »

Daniel Dualé veut faire de son petit village de Lasséran, un havre de verdure de moins de 400 habitants, un exemple pour tout le Gers en matière de protection des oiseaux.

Daniel Dualé est un passionné, et quand il aime, il ne fait pas les choses à moitié. Comme les vieilles voitures qu’il retape et conserve précieusement quand il ne part pas en vadrouille avec les Chevrons lasséranais, le club qu’il a présidé pendant quatorze ans. Depuis bientôt deux ans, s’il sillonne les routes du Gers, c’est pour un tout autre projet. C’est en observant les oiseaux de son jardin avec ses quatre petits-enfants qu’il a eu l’idée d’aller plus loin, de « partager sa passion et de faire quelque chose de concret ». En 2018, le sexagénaire crée une association et s’entoure d’amis, d’ornithologues, d’agriculteurs, de chasseurs et de techniciens de la nature. « Il y a une place pour tout le monde ; le but c’est de travailler ensemble pour les oiseaux », précise-t-il.

En 2018, le Budget participatif gersois leur donne l’occasion de présenter leur projet : faire revenir les oiseaux de nos jardins. L’association Lou Rigaou* et ses amis font campagne dans tout le département. « C’était le plus petit budget (600 euros) mais il est arrivé en tête du canton Auch Sud-Ouest et onzième du département. Un petit budget certes, mais un grand projet ! On a reçu un super accueil partout », explique Daniel. L’objectif est double : prendre soin des oiseaux et sensibiliser les Gersois à leur protection.

Un projet qui parle à tout le monde et qui peut être reproduit partout

« La pose de nichoirs est un acte de protection de la nature qui n’a rien de dérisoire : une espèce peut être maintenue grâce à cette seule action. Pour les sauver, il faut aider les oiseaux. » À Lasséran, les heureux lauréats commencent par fabriquer des nichoirs avec les enfants de l’école et en installent une trentaine dans le village et sur le PR12, un joli chemin très prisé des marcheurs. Les résultats sont déjà là, se félicite Daniel. « Cet hiver, on a eu 66 naissances de mésanges, six par couvée. Quand elle a ses petits, la mésange consomme 800 chenilles par jour. Au lieu d’utiliser des produits chimiques contre les chenilles processionnaires, il vaut mieux installer des nichoirs. »

L’objectif est de doubler les effectifs cet hiver, mais cela ne s’arrête pas là. Les 18 membres de l’association vont aussi installer des points d’observation sur le PR12, planter des haies et des arbustes, organiser des balades sonores…

« On veut faire de Lasséran un village pilote, une commune qui pourrait servir de référence dans tout le département, car ce qu’on fait, c’est à la portée de tous, assure Daniel. C’est un projet qui parle à tout le monde et peut être reproduit partout. »

La mésange bleue, très agile et gourmande, est une assidue des mangeoires où elle se régale des graines de tournesol.

Cet article a été publié en mars 2020, dans Oxytanie#4. Du fait de la crise sanitaire, les actions programmées en 2020, notamment avec les écoliers, n’ont pas pu avoir lieu. Dès que la situation le permettra, Daniel espère pouvoir mettre en place les deux points d’observation sur le parcours ainsi que des panneaux d’identification de chaque espèce migrant où sédentaire de la région. Pour le contacter : .


Comment faire revenir (simplement)
les oiseaux dans votre jardin

La pose de nichoirs adaptés est un moyen simple et efficace de favoriser la nidification des oiseaux. Daniel nous donne les règles de base pour bien choisir et installer votre nichoir.

  • Choisissez-le en bois. Il doit être le plus naturel possible, à son état brut et uniquement traité à l’huile de lin. Veillez à ce que le nichoir puisse être ouvert afin d’être nettoyé et désinfecté à l’automne afin de supprimer les parasites.
  • Eviter le plus possible d’exposer l’ouverture du nichoir aux vents dominants. Orientez-le plutôt vers le sud ou le sud-est.
  • Fixez-le de telle façon qu’un prédateur (chat, fouine et autres) ne puisse pas l’atteindre. Pas de branche, de rebord quelconque pouvant servir d’appui à proximité.
  • Lorsque vous l’installez contre un arbre, n’utilisez pas de clous mais un morceau de fil de fer en prenant soin de glisser entre celui-ci et l’écorce un morceau de bois ou de mousse plastique. Ainsi vous n’entraverez pas la croissance de l’arbre et vous lui éviterez des blessures.
  • Chaque espèce a ses exigences particulières et le nichoir doit être adapté à l’oiseau que vous souhaitez accueillir. La taille du trou d’envol est ainsi différente selon les oiseaux (27mm de diamètre pour la petite mésange bleue, 32 pour la mésange charbonnière).
  • Pas de perchoir. Il est non seulement inutile mais peut se révéler nuisible.
  • Si vous ne savez pas quels oiseaux fréquentent votre jardin ou votre balcon, installez une mangeoire et observez-les !
  • En plus du gîte et du couvert, n’oubliez pas de leur proposer aussi des points d’eau à renouveler tous les jours.

▶ Plus d’infos sur le site d’observation participatif oiseauxdesjardins.fr, coadministré par la LPO et le Muséum national d’Histoire naturelle. Vous y trouverez des fiches avec les espèces, mais aussi des conseils pour fabriquer, installer et entretenir nichoirs et mangeoires chez vous.

Un peu partout sur la commune de Lasséran, l’association a installé des nichoirs pour les chouettes chevêches. Petites et craintives, elles ne se laissent pas observer facilement mais apprécient ces abris qui les protègent des prédateurs.


À Saint-Dionisy, le pari gagné de la reconquête agricole

Alors que d’autres succombaient aux zones industrielles et aux centres commerciaux, cette petite commune de l’agglomération nîmoise misait sur l’agriculture biologique et les circuits courts.

Ce n’était pas le chemin le plus facile, mais onze ans après, ce projet innovant de reconquête agricole aboutit enfin… et pourrait inspirer bien d’autres territoires.

 

Plutôt que le béton, ils choisissent de sauver les terres agricoles

Saint-Dionisy, à 15 kilomètres de Nîmes (Gard), ne voulait pas se faire grignoter par la ville. Il y a onze ans, cette petite commune d’un millier d’habitants refusait l’artificialisation de neuf hectares de terres agricoles et, à la place, décidait de lancer un ambitieux projet de développement de l’agriculture et des circuits courts sur son territoire. « Quand j’ai été élu en 2008 et que je suis arrivé à l’Agglo, à Nîmes, j’ai été surpris de voir que quand on parlait développement économique on ne parlait que de zones industrielles… Pour l’agriculture, on ne faisait rien », se souvient l’ancien maire Michel Gabach. Il n’a jamais travaillé la terre mais l’ancien receveur des postes se décrit comme un passionné « du vivant », et notamment des animaux de basse-cour (il a fondé le Club avicole gardois en 1979).

À contre-courant de nombreuses communes périurbaines qui misent sur le développement « économique », Saint-Dionisy s’attelle à conserver sa qualité de vie et ses terres agricoles. « On était un peu à contre-courant », reconnaît le septuagénaire, qui depuis juillet dernier a laissé les rênes de la mairie à son successeur, Jean-Christophe Grégoire. Onze ans après le lancement du projet, ils étaient côte à côte l’été dernier pour poser la première pierre de la Halte paysanne, une boutique de vente alimentée par les producteurs locaux de la Vaunage, cette vaste plaine située entre les villes de Sommières et de Nîmes.

« C’est un projet qui a pris du temps parce qu’il était novateur, et puis on ne cochait pas les bonnes cases, les gens étaient très frileux… À l’époque, il y avait peu de communes qui investissaient comme ça dans l’agriculture. Aujourd’hui, c’est différent, on vient plus souvent me poser des questions… »

Les producteurs engagés dans le projet, autour de Michel Gabach. Photo Dorian Refledame

11 ans de démarches et 1 million d’euros d’investissement

Retour en 2010. Un agriculteur sans repreneur met en vente 9 hectares de terres agricoles qu’un acheteur veut bétonner pour en faire une brocante. La mairie s’y oppose et propose un projet alternatif centré sur l’agriculture bio. « La finalité, explique Michel Gabach, c’était de produire des produits sains, sans pesticides, et faire de la polyculture pour qu’on ait tout sur place en circuit court. »

En 2016, la commune acquiert un hectare de terres pour construire le bâtiment où sera installée la future Halte paysanne : des ateliers-relais et une boutique où les agriculteurs et artisans de la Vaunage pourront vendre leurs productions en direct.

Pour gérer le foncier, une Société coopérative à intérêt collectif (SCIC), « Bioo Rhôny », est créée en 2018 ; elle associe collectivités, privés, associations de consommateurs et agriculteurs. Elle fait l’acquisition de 7 hectares de terres agricoles pour les mettre gratuitement à disposition de jeunes agriculteurs bio.

En 2020, les producteurs se réunissent en association pour gérer collectivement la Halte paysanne. Financé par la municipalité avec le soutien financier de nombreux partenaires (État, Europe, Département du Gard, Région Occitanie et Nîmes Métropole), le bâtiment sera terminé d’ici quelques semaines.

 

« C’est une opération où on ne va pas gagner des sous
mais on va marquer une volonté et réaliser nos convictions »

Carole, Camille, Rémi et Vincent, quatre des 22 producteurs qui vont proposer leurs produits au sein de la Halte paysanne. Photo Dorian Refledame

Des terrains pour les jeunes agriculteurs

C’est également cette année que quatre jeunes agriculteurs vont pouvoir démarrer leur production bio sur les terres de la SCIC. Ils bénéficient aussi des ateliers-relais pour un loyer dérisoire. « On peut le faire parce qu’on a eu des subventions et qu’on a réussi à équilibrer notre budget. C’est une opération où on ne va pas gagner des sous mais on va marquer une volonté et réaliser nos convictions, précise Michel Gabach, toujours pleinement investi en tant que président de la SCIC. En tout, cela représente quand même un investissement de près d’un million d’euros. Pour un village de 1 000 habitants, ce n’est pas rien ! Ce n’était pas gagné d’avance mais on a persévéré. »

La Halte Paysanne sera bientôt ouverte, mais pour cela, les producteurs de la Vaunage ont encore besoin d’un petit coup de main pour s’équiper et aménager la boutique. Ils ont lancé un financement participatif sur la plateforme Bluebees. Au total, ils seront vingt-deux à alimenter la boutique et à se relayer dans les rayons pour « offrir une alternative locale et éthique aux supermarchés » qui se multiplient dans cette campagne devenue zone périurbaine.

Du blé au four, un pain 100% saint-dionisyen !

Des produits majoritairement bio, qui répondent à des critères de qualité stricts, et qui n’ont pas fait des centaines de kilomètres :  légumes, œufs, vin, fromage de chèvre, plantes médicinales, miel, artisanat… Parmi les deux nouveaux paysans installés à Saint-Dionisy, Hugues, paysan boulanger, cultivera son blé sur les terres de la SCIC, moudra sa farine et cuira bientôt son pain dans l’atelier de la boutique. On ne peut pas faire plus local !

« Aujourd’hui, il y a une prise de conscience sur l’importance d’une meilleure alimentation, de l’intérêt des circuits courts… Il faut la volonté politique pour mener ce genre de projets et elle commence à venir », se réjouit Michel Gabach. Et comme Mouans-Sartoux, qui s’est dotée de sa propre régie agricole municipale, la petite commune de Saint-Dionisy pourrait en inspirer bien d’autres…

Pour soutenir le projet en participant au financement participatif (jusqu’au 17 janvier), vous pouvez aller sur sa page Bluebees.


Des micro-immersions pour connecter les habitants passionnés et les voyageurs

Pour faire découvrir leur territoire, ils proposent aux visiteurs de s’immerger dans leur quotidien. Une initiative salutaire qui débute… en Occitanie !

 

Pour découvrir l’agropastoralisme méditerranéen, que diriez-vous de passer quelques jours avec Sabine et Gérard, qui élèvent des brebis en plein cœur des Cévennes ?

Vous avez plutôt envie de déconnecter avec un bain de forêt ? Et si vous alliez chez Guillaume, dans le Parc naturel régional Haut-Languedoc ? Il sera heureux de vous parler de permaculture et de son projet (un peu fou) de redonner vie à un hameau isolé.

 

Chez Guillaume, quelque part dans le sud du Tarn…

 

Il y a aussi Maïté, sur l’Aubrac. Enfant du pays et agricultrice passionnée, elle a rénové un buron pour accueillir les visiteurs de passage. Au rez-de-chaussée, dans la pièce où l’on fabriquait le fromage, elle prépare désormais l’aligot, le plat traditionnel du plateau.

Dans ces lieux reculés, loin de la frénésie des villes et du tourisme de masse, ces habitants proposent plus qu’un nid douillet et de bons repas : passionnés, ils partagent leur quotidien pour faire découvrir leur territoire, leur histoire et leur activité. « Avec eux, j’ai réalisé qu’on n’a pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour vivre une aventure humaine unique. » C’est le constat qu’a fait Loïc, 30 ans, à l’origine de ces « micro-immersions ». Micro, comme les micro-aventures, très tendances depuis quelques années (et dont nous vous parlions dans Oxytanie#5). Mais ici, avec un côté plus humain, une invitation à s’immerger véritablement dans une région avec ceux qui la connaissent le mieux : ses habitants.

 

Loïc, fondateur d’En Immersion.

« Si on suit les guides, on se retrouve
tous dans les mêmes endroits
qui sont déjà saturés.
Les aventures vraiment
authentiques,
ce ne sont pas celles
que l’on voit le plus »

 

Tout est allé très vite. Il y a un an, Loïc démissionnait du grand groupe dans lequel il travaillait. « Je voulais mettre plus de sens dans ce que je faisais et pouvoir faire évoluer les choses. » Et puis, il a ce projet dans un coin de la tête… « Pour mon travail, j’ai eu la chance de vivre et de beaucoup voyager à l’étranger, confie le Montpelliérain. D’un côté, j’ai eu cette prise de conscience personnelle que ma façon de voyager jusqu’à présent n’était pas la plus écologique et la plus respectueuse qui soit. Et de l’autre, je me rendais compte que c’était compliqué de vivre des expériences hors des sentiers battus, pas impossible mais compliqué… parce qu’on a du mal à les trouver. Si on suit les guides, on se retrouve tous dans les mêmes endroits qui sont déjà saturés. Les aventures vraiment authentiques, ce ne sont pas celles que l’on voit le plus… »

Dès la levée du premier confinement, il prend son sac à dos et commence par sillonner sa région, l’Occitanie. Pendant plusieurs mois, Loïc rencontre des centaines d’habitants… et au début de l’été, bien plus vite qu’il l’avait envisagé, il décide de se lancer. « D’un côté je faisais des rencontres incroyables et de l’autre, je voyais que les gens se renseignaient pour partir en France, hors des sentiers battus. Je ne pouvais pas les garder pour moi ! Avec les premiers habitants, on a décidé de lancer En Immersion rapidement, avec un site qui a juste les fonctionnalités de base et qu’on améliore au fur et à mesure. »

Les habitants sont partie prenante. En Immersion n’est pas conçu comme une plateforme mais comme une communauté, où chacun participe aux décisions et au développement du projet. « On est à l’écoute des habitants et des voyageurs. Le but c’est d’être adapté à la réalité, de répondre à de vrais besoins », explique Loïc.

 

Maïté, habitante de l'Aubrac.
Maïté, habitante de l’Aubrac.

« L’idée, c’est d’amener les gens
à découvrir nos territoires
à des saisons moins fréquentées,
à des moments où on a
davantage de temps
mais aussi où il y a plus
de choses à découvrir »

 

Maïté fait partie des premiers habitants à embarquer dans l’aventure. Depuis cinq ans, elle accueille les touristes dans un buron typique de l’Aubrac, près de Nasbinals, en Lozère. Un revenu supplémentaire mais aussi une façon de partager son quotidien d’éleveuse, de « reconnecter » avec les citadins. « C’est terrible de se dire que les gens consomment tous les jours des produits agricoles sans savoir comment ils sont produits. Il faut les amener à mieux nous comprendre, à mieux connaître notre métier, et ça, ça passe par le dialogue et par l’accueil », soutient la jeune femme.

Quand les visiteurs en expriment l’envie, elle les emmène volontiers sur le terrain, visiter la ferme, partager avec elle des moments privilégiés au cœur de l’élevage. « Mais ça, on ne peut pas le faire la semaine du 15 août, reconnaît Maïté. L’idée d’En Immersion, c’est d’amener les gens à découvrir nos territoires à des saisons moins fréquentées, à des moments où on a davantage de temps mais aussi où il y a plus de choses à découvrir. L’avantage de passer par la plateforme, c’est qu’on sait que c’est une attente des visiteurs, qu’ils viennent pour le cadre mais aussi pour vivre cette rencontre humaine, ce partage ; et cela se fait naturellement. »

Une opération engagée pendant le confinement

Comme Maïté, ils sont nombreux à partager les mêmes valeurs, le même sens de l’accueil. Mais ils n’ont pas forcément de visibilité. « Sur les grosses plateformes de réservation, la clé d’entrée c’est de savoir où aller, explique Loïc. Mais comment tu fais si tu veux juste sortir des chemins tout tracés ? Tu ne sais même pas où se trouvent Marchastel ou la forêt de Montagnol. » L’objectif, c’est d’abord de fédérer ces habitants, qui ont déjà des capacités d’accueil, mais aussi de construire avec eux une manière d’accueillir plus humaine, plus vraie.

L’étape suivante, ce sera d’accompagner de nouvelles personnes qui sont dans la même démarche mais qui n’ont pas encore la possibilité de recevoir des voyageurs. Il faudra les aider pour les travaux, les former, les conseiller… « Sans tomber dans les travers d’Airbnb, où les personnes sont poussées à louer le plus possible leur logement, poursuit Loïc. On voudrait que ça reste une activité complémentaire, seulement quelques jours par an. On ne veut pas retomber dans une logique de masse, qu’on essaie de combattre justement. Pour ça, il faut mieux maîtriser les flux de voyageurs, les renvoyer quand il le faut vers des destinations moins prisées ou les amener à choisir d’autres moments de l’année. »

Chez Maïté, quelque part sur le plateau du Larzac…

Pour l’instant, En Immersion se concentre uniquement sur l’Occitanie, « qui a un potentiel énorme », reconnaît Loïc. La communauté compte une quinzaine d’habitants, mais elle s’étoffe un peu plus chaque semaine. « Aujourd’hui on a la chance d’avoir des gens qui se reconnaissent dans notre projet et qui veulent rejoindre la communauté, mais la plupart du temps, les habitants n’ont même pas conscience que leur quotidien est intéressant », remarque-t-il. De plus en plus, les citadins veulent vivre des expériences authentiques, des moments simples sans le côté péjoratif que peut avoir ce mot. La crise sanitaire a accéléré les tendances de fond qui avaient commencé à émerger. »

À l’annonce du second confinement, un coup dur, la communauté a décidé de lancer « En immersion engagée », une opération à mi-chemin entre l’appel à la solidarité et le financement participatif. Sur KissKissBankBank, on peut préréserver une micro-immersion à réaliser plus tard ; l’intégralité du montant sera reversée à l’habitant. La campagne est un succès, avec déjà une cinquantaine de contributeurs et un objectif dépassé de plus de 480% mi-décembre. Elle se poursuit jusqu’à fin janvier.


Vous souhaitez réserver une micro-immersion et soutenir le projet, c’est par ici.

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contacter Loï à .

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Huit idées pour un Noël éco-lo-cal

1. Mon bio sapin

Chaque année, le débat fait rage. Naturel ou artificiel, quel est le sapin le plus écologique ? Le premier est majoritairement produit de manière industrielle à coups de produits phytosanitaires… Quant au second, il vous faudrait le garder de (très, très) nombreuses années pour l’amortir. Heureusement, comme dans tous les secteurs, les choses évoluent. Quelques pionniers ont créé cette année l’association Les sapins bio de France, parmi lesquels on compte, entre autres, les Pyrénéens de France Sapin Bio. De la plantation au recyclage, ils ont mis en place toute un cercle vertueux.

Et sinon, pourquoi ne pas créer votre propre sapin avec des objets de récup’ ? Au moins celui-ci sera unique !

2. Des décorations maison

Pour décorer votre sapin, optez pour le DIY (Do It Yourself). De quoi occuper les longs week-ends de confinement… La Maison des Makers, à Montpellier, nous propose trois petites décos toutes simples que vous pouvez réaliser avec ce que vous avez sous la main (ou en tout cas que vous n’aurez pas besoin d’acheter). Pour avoir le mode d’emploi, il vous suffit de cliquer dessus : une étoile kraft brodée, une étoile en laine et un flocon en bois.

Vous trouverez pleins d’autres idées et de tutos sur leur site.

3. Des cadeaux made in Occitanie

Optez pour la fabrication française et les commerçants locaux. Depuis cette année, crise sanitaire oblige, ils sont nombreux à avoir ouvert leur boutique en ligne.  A noter que les artisans et créateurs de la région sont désormais recensés sur la plateforme #Dansmazone.

Pensez-y aussi pour les livres. Que vous les commandiez sur internet ou les achetiez chez votre libraire, optez pour des maisons d’éditions locales, durement touchées par la crise. Saviez-vous qu’il en existe près de 400 en Occitanie ?

4. Un repas de Noël locavore…

… et pas forcément plus cher. L’Audois Stéphane Linou, pionnier du mouvement locavore en France, le démontre régulièrement en s’invitant chez les Français pour aborder de façon ludique la question de l’autonomie alimentaire. Le défi : préparer un repas de fête avec des produits issus d’un rayon de 51 km et pour moins de 9,50 €. Relevé haut la main à chaque fois !

5. Osez un cadeau de seconde main

Ça peut être un livre que vous avez lu (et apprécié, tant qu’à faire) et que vous avez envie de partager ou que vous avez acheté sur RecycLivre ; un jouet d’occasion, etc. Même si la démarche reste encore délicate, dites-vous que c’est l’occasion de parler de votre engagement et de l’importance de développer l’économie circulaire. Encore impensables il y a quelques années, les cadeaux de seconde main gagnent du terrain, signe que les mentalités sont en train de changer. A lire à ce sujet cet article très éclairant du Huffington Post.

6. Et si vous offriez… un moment ?

Plutôt qu’un objet, offrez une expérience : un spectacle, un week-end en micro-aventure (retrouvez nos idées dans la région dans Oxytanie#5), un atelier créatif ou un cours de cuisine. Il y a des « box » toutes faites, toujours plus nombreuses et variées, mais là aussi, ce n’est pas forcément la peine de débourser une fortune, soyez créatif !

7. Faites-le vous-même !

Et pourquoi ne pas le faire vous-même, ce cadeau beau, utile et qui a du sens ? Cela peut être à boire ou à manger, de la couture, des bijoux ou des produits cosmétiques naturels… Et bien sûr, que vous emballerez dans vos propres emballages en tissu, les fameux furoshiki. Vous ne savez pas comment faire ? La Maison des makers vous montre comment faire dans ce tuto très simple.

8. Soyez solidaire

La crise sanitaire a creusé encore plus les inégalités et ce Noël, selon une étude publiée par l’Ifop, 20% des parents n’auront pas les moyens d’offrir un cadeau à leurs enfants. Plusieurs associations organisent des collectes pour les familles en difficulté. France 3 Occitanie les recense dans cet article.

Pour aller
plus loin

  •  Quels cadeaux pour un Noël écologique et solidaire ?
    Plus d’infos sur le
    site de l’Ademe.
  • Pour un « Noël juste parfait », l’Ademe a édité un livret spécial où vous trouverez des tutos et des conseils pour des cadeaux éco-friendly, un sapin vraiment vert, que du bon au réveillon et le zéro déchet.
    A télécharger gratuitement sur le site de l’Ademe.

 

 


Renouons nos tabliers, pour une cuisine locale et engagée

Il n’a pas encore 30 ans mais il s’apprête à réaliser un de ses grands rêves : publier un livre de cuisine, tout comme l’illustre chef et écrivain culinaire Auguste Escoffier un siècle avant lui. Jonathan Poncelet a choisi une de ses phrases pour débuter l’ouvrage, qui illustre parfaitement sa philosophie : « La simplicité n’exclut pas la beauté ». « Je suis un grand amoureux des livres de cuisine, j’en ai des centaines. Je me suis toujours dit : Un jour, c’est moi qui ferai un bouquin ! » Un livre de cuisine très personnel que le jeune chef a voulu accessible et sans prétention, à son image. « Je suis un cuisinier comme tout le monde, je n’ai pas d’étoile, je ne sors pas de chez Bocuse, c’est juste que je suis passionné par ce que je fais. Et je me dis que si moi j’ai appris, tout le monde est capable de le faire. Il n’y a rien de compliqué à faire un beurre blanc. Il faut relativiser, on ne sauve pas des vies, on fait à manger ! La cuisine, il faut que ça reste un plaisir. »

« On sous-estime le pouvoir
de notre garde-manger »

Natif de Carcassonne, dans l’Aude, Jonathan n’a pas usé longtemps les bancs de l’université des sciences de Montpellier avant de s’apercevoir que ce n’était pas pour lui. Le hasard le mène dans un petit restaurant de la côte, où il apprend les bases du métier et se prend de passion pour la cuisine. Pendant six ans, il se perfectionne dans de petits restaurants comme des établissements étoilés, au gré de ses voyages et de ses envies, en Nouvelle-Zélande, France, Écosse, Corse… Jusqu’à la prise de conscience, « devant ces chambres froides débordant de légumes, de poissons et autres produits, dont j’ignorais la véritable provenance, j’ai vu que quelque chose n’allait pas. » Un retour aux sources, à la base du produit. « On sous-estime le pouvoir de notre garde-manger, explique Jonathan. Or, ce que nous mettons dans nos assiettes affecte notre environnement et face à l’ampleur des problématiques actuelles (gaspillage, surproduction, traitement des animaux, produits chimiques…), il faut qu’on adapte notre mode de consommation. À notre échelle nous avons les moyens de nous engager facilement, et ça commence par reconnecter les consommateurs avec leur terroir. »

Emmeline et Quentin, ostréiculteurs. Photo Jonathan Poncelet

Ce combat pour le mieux-manger, le jeune chef décide naturellement de le mener sur le papier. Pendant un an, il délaisse les cuisines pour partir à la rencontre des producteurs, élaborer de nouvelles recettes… Comme pour la cuisine, il a fait son apprentissage en autodidacte : la rédaction, la photo, la mise en page… jusqu’au financement participatif qui doit lui permettre d’imprimer 500 exemplaires.

 « Faire juste un livre de recettes,
ça ne m’intéressait pas.
Je voulais mettre en lumière les producteurs,
renouer les liens avec eux »

 « Faire juste un livre de recettes, ça ne m’intéressait pas. C’est encore plus d’actualité avec la crise sanitaire mais déjà je voulais mettre en lumière les producteurs de la région, renouer les liens avec eux. » Jonathan sillonne le Languedoc : l’Hérault où il vit, l’Aude, les Pyrénées-Orientales… Au final, il rencontre et dresse le portrait de 24 producteurs : apiculteurs, maraîchers, éleveurs, pêcheurs… Tous des passionnés sensibles et engagés pour l’environnement. « Je ne suis pas allé vers les plus connus ou ceux qui travaillent avec des restaurants étoilés parce que je voulais que leurs produits soient accessibles à tous. Mais encore aujourd’hui je découvre des productions de dingue ! En Occitanie, on a une diversité incroyable. »

Ce sont ces produits du terroir, aussi originaux que variés, qui servent d’ingrédients aux 52 recettes proposées par Jonathan. Et eux uniquement. « J’ai dû bannir le chocolat, la vanille… et j’ai mis énormément le miel en avant, utilisé de la lavande… Les seuls ingrédients non-locaux que j’ai dû utiliser, ce sont le sucre, le poivre et la noix de muscade. Au final, c’est quasiment du 100% local. La difficulté, ce n’est pas de les trouver ou une question de prix, c’est d’aller les chercher. On se déplace facilement pour des légumes mais on ne peut pas le faire pour tous les produits, surtout ceux qui sont un peu particuliers. Heureusement on a de plus en plus de marchés de producteurs, de boutiques paysannes, qui permettent d’avoir des produits de qualité en vente directe. Ça permet au producteur de gagner correctement sa vie et au consommateur d’avoir des prix raisonnables. »

L’œuf, quel merveilleux ingrédient ! Jonathan le propose ici en bénédictine, avec des épinards et une sauce hollandaise. Une assiette sobre, sans trop de mise en scène, pour que tout le monde puisse se l’approprier. Photo Jonathan Poncelet

Truite aux amandes, chinchard en sushi, selle d’agneau farcie façon tajine… Jonathan propose des recettes originales et gourmandes inspirées de ses expériences – avec une forte inspiration japonaise héritée de son travail aux côtés du chef Satoshi Kubota. Il les a conçues pour être faciles à réaliser et accessibles, « mais pas simplistes non plus. Moi ça ne me dérange pas de passer une après-midi à faire une recette et si ça ne marche pas, ce n’est pas grave. À la maison, on n’a pas forcément envie de passer quatre heures devant les fourneaux pour rien ; il faut trouver un juste milieu. L’idée, c’est aussi de proposer des choses toutes simples et pas chères, qui ne prennent pas trop de temps mais que l’on a un peu oubliées, qu’on retrouve les bases : faire une béchamel, une pâte sablée ou des œufs mollets. »

Pour concevoir son livre en toute liberté, Jonathan a choisi l’auto-édition. « Renouons les tabliers » est en prévente sur Ulule jusqu’au 1er février 2021. Si l’objectif est dépassé, une partie des fonds récoltés sera reversé à l’association Ethic Ocean, qui encourage les bonnes pratiques en faveur de la préservation des océans et de leurs ressources. Et après ? La crise sanitaire est un désastre pour tout le secteur de la restauration. Jonathan, qui rêvait d’avoir sa propre table, a remisé ses ambitions pour des jours meilleurs. Surtout, l’expérience lui a donné envie de « continuer à apprendre et à partager ». « Je n’ai pas envie à 40 ans de tourner en rond dans ma cuisine, sourit le jeune chef. Je suis assez créatif mais c’est bien d’avoir des bases différentes et de se nourrir d’influences différentes. » Libre et toujours d’une insatiable curiosité.

Un délicieux ceviche local et coloré. Photo Jonathan Poncelet


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« Plusieurs siècles avant leurs sœurs françaises, les femmes pyrénéennes votaient »

Les femmes des Pyrénées centrales avaient-elles 300 ans d’avance ? C’est ce qu’affirme l’historienne et ethnologue Isaure Gratacos, spécialiste des sociétés traditionnelles pyrénéennes.

Selon elle, la femme y occupait une place égale à celle de l’homme jusqu’au début du XXe siècle. Un « statut exceptionnel en Europe » qui explique pourquoi le personnage de la sorcière n’y a jamais existé… Entretien.

 

Vous êtes professeure agrégée d’histoire, docteur d’État, ethnologue et depuis 40 ans vous collectez la tradition orale dans les Pyrénées centrales, où vous vivez. Vous expliquez que sous l’Ancien régime, les vallées pyrénéennes, isolées, étaient gérées collectivement sous le mode de la démocratie directe…

C’est en effet une spécificité des Pyrénées vasconnes, cette zone culturelle qui couvre les Pyrénées du Pays Basque jusqu’à l’Ariège. Jusqu’à la Révolution, les populations des vallées vivaient en autogestion directe, avec plus de 80 % de la superficie communale gérée de manière collective. Chaque vallée était un microcosme, un groupe autogéré à partir de la base qu’est la maison. L’économie n’était pas marchande mais plutôt basée sur l’échange. La féodalité était peu présente (1,87 % des terres d’après Soulet) et la bourgeoisie possédante le sera aussi peu au XIXe siècle. Ajoutons que la christianisation est très tardive et n’a lieu qu’aux Xe-XIe siècles, et même au XIIe siècle dans certaines vallées très reculées.

Ces caractères anciens d’autogestion, que l’on retrouve aussi chez les Berbères de l’Atlas, sont favorisés par une géomorphologie particulière dans les Pyrénées. La montagne n’est pas un massif mais une chaîne qui jaillit brutalement au-dessus de la plaine, avec de petites vallées courtes et très profondes, parallèles les unes aux autres, qui sont autant de casiers dans lesquels une vie communautaire a pu s’établir, avec des groupes autonomes.

Ce n’est qu’à la Révolution française que prend fin ce système d’autogestion directe et que se met en place le tissu administratif actuel. L’appropriation par l’État provoquera les révoltes contre le code forestier qui agiteront le Couserans au 19e siècle, les guerres dites des Demoiselles.

 

« Dans ces territoires de tradition orale, l’égalité sociale des sexes était présente dans le droit coutumier. C’est le droit d’aînesse absolue qui prévalait : du moment qu’il était l’aîné, l’héritier pouvait aussi bien être un homme qu’une femme. »

 

Pendant des siècles, les femmes Pyrénéennes jouissent ainsi d’un statut tout à fait particulier ?

La société traditionnelle des Pyrénées n’était pas patriarcale. Dans ces territoires de tradition orale, l’égalité sociale des sexes était présente dans le droit coutumier. C’est le droit d’aînesse absolue qui prévalait : du moment qu’il était l’aîné, l’héritier pouvait aussi bien être un homme qu’une femme. Lui ou elle héritait de l’ensemble des droits et des fonctions sociales pour la gestion villageoise et valléenne. L’aîné(e) représentait la « maison », qui était l’unité de base de la société valléenne, dans toutes les assemblées communales. Ce qui veut dire quand même que plusieurs siècles avant leurs sœurs françaises, les femmes pyrénéennes votaient.

C’est cette société non-patriarcale, selon vous, qui explique qu’on ne retrouve pas la figure de la sorcière dans les Pyrénées centrales ?

En effet, dans toutes les collectes que j’ai réalisées, je n’ai jamais entendu décrire la sorcière telle qu’elle existe ailleurs en France. Comme dans toutes les cultures rurales et populaires, la peur des forces occultes existait évidemment, mais pas avec cette image très dévalorisante de la sorcière telle qu’on la connaît en France : la vieille femme ridée, laide, avec un fichu noir au-dessus d’un nez crochu et d’un œil malin, et qui chevauche son phallique balai…. C’est ce stéréotype-là qui n’existe pas. Il y avait bien des poudoueros et des poudouers, ceux qui ont des pouvoirs et qui connaissent les plantes et les soins, et les endévinaires, qui peuvent devenir l’avenir… mais qui étaient aussi bien des hommes que des femmes.

Contrairement au reste du pays ?

La chasse aux sorcières est indiscutablement l’expression d’une misogynie patriarcale. Sylvia Federici, dans Caliban et la sorcière (2004), montre bien que la sorcière, qui n’apparaît que tardivement, à la fin du Moyen Age, est un phénomène politique et économique.

Cette diabolisation des femmes intervient au moment où se met en place et se développe la bourgeoisie possédante, qui vise l’appropriation personnelle des biens communaux. Dans un processus qui n’est sans doute pas conscient, les femmes gênent, terriblement, car ce sont elles qui sont les plus attachées à la communauté. S’attaquer aux femmes, en faire l’incarnation du mal avec ce personnage de la sorcière qu’on réprime, main dans la main avec l’Église, cela sert en fait à déstabiliser toute la classe paysanne, bien plus importante à l’époque, qui utilise la terre en commun.

Ce mouvement de privatisation des terres par la bourgeoisie en cours de structuration s’accompagne dans le même temps d’un désir d’appropriation du corps des femmes dans sa fonction reproductive. Les femmes, qui sont les accoucheuses, les sages-femmes, « celles qui savent », sont peu à peu remplacées par les hommes et par le personnage du médecin. Et au contraire, on va les accuser d’infanticide. On va les diaboliser, les persécuter, les torturer, les brûler…

La sorcière, c’est exactement le contraire de la femme libre qu’on revendique aujourd’hui ! Nous sommes tellement conditionnés par la culture contemporaine qu’il est important de replacer la sorcière dans son fondement historique.

 

« L’histoire nous montre que les Pyrénées sont une terre de résistance aux pouvoirs centraux, indiscutablement »

 

Tous ces siècles d’autogestion et d’égalité ont-ils laissé des traces dans les Pyrénées ?

L’histoire nous montre que les Pyrénées sont une terre de résistance aux pouvoirs centraux, indiscutablement, même si comme tout milieu montagnard ils ont été considérablement affaiblis par la désertification. Cette résistance s’affirme aujourd’hui avec l’affaire de la méga scierie de Lannemezan. Cette Si on enlève les arbres, le ravinement détruira ses pentes abruptes et il n’y aura plus de montagne.


Isaure Gratacos continue ses travaux dans les Pyrénées et particulièrement en Couserans et dans le Comminges, où elle réside. Elle a publié trois ouvrages qui sont en train d’être réédités, aux éditions Privat : Fées et gestes, Femmes pyrénéennes et Calendrier pyrénéen.

Pour en savoir plus sur le projet de méga-scierie de Lannemezan, cet article très complet de nos confrères de la revue Ballast : « Pyrénées : contre une scierie industrielle, défendre la forêt »

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« Jardiner pour reprendre le pouvoir sur la ville »

Elle a grandi dans la campagne ariégeoise mais a fait de la ville son terrain de jeu. Armée de bombes de graines, cette « green guerilléra » prône la désobéissance fertile pour se réapproprier l’espace parisien. Une lutte pacifique qu’elle partage avec humour et une énergie débordante sur sa chaîne Youtube Ta Mère nature.

Elle y raconte aussi sa reconversion, donne des conseils de jardinage ou explique ce qu’est l’écoféminisme.

Le 1er novembre, elle devait animer une table-ronde sur le sujet aux Journées sorcières à Saint-Lizier : deux jours d’ateliers et de conférences autour des plantes, de l’autonomie et du matrimoine. L’événement a été annulé mais les sorcières promettent d’être au rendez-vous dès que la situation sanitaire le permettra. 

En attendant, nous avons décidé de publier quand même le témoignage d’Ophélie qui devait annoncer ces Journées.

Ça veut dire quoi, être une sorcière aujourd’hui ? Quels liens entre écologie et féminisme ? Entretien.    

 

L’écoféminisme, c’est un sujet qui revient régulièrement dans tes vidéos même si ce n’est pas le sujet principal de ta chaîne « Ta Mère nature ». En quoi sont liées l’écologie et le féminisme ?

Même si c’est un sujet qui me passionne, je ne suis pas une théoricienne de l’écoféminisme ; je parle d’abord de moi, de ce lien très personnel entre mon engagement dans le féminisme puis dans l’écologie. Pendant longtemps, je n’arrivais pas à expliquer pourquoi j’étais passée de mes groupes de filles punk à faire pousser des légumes ! (rires)

Sans forcément parler de féminisme, j’ai toujours eu des groupes et des projets plutôt « girl power » et l’envie de m’imposer dans des milieux masculins. C’est grâce à des écrits comme ceux de Starhawk, une grande figure de l’écoféminisme dans les années 70, que je suis arrivée à faire le lien, à mettre des mots sur ce que je ressentais. Je me suis rendue compte que mon souhait d’indépendance et ma lutte pour les égalités, c’était la même chose. La destruction de la nature et l’oppression des femmes sont intimement liées ; elles sont opprimées par les mêmes entités que sont le capitalisme et le patriarcat.

On retrouve aussi une convergence de fait avec l’antiracisme et l’antispécisme parce qu’au final, ce sont les mêmes combats : on lutte pour le vivant, le bien-être du vivant, à toutes les échelles, et pour les vivants qui sont les plus opprimés.

 

« La destruction de la nature et l’oppression des femmes sont intimement liées ; elles sont opprimées
par les mêmes entités que sont le capitalisme et le patriarcat »

 

Et quel rôle joue la sorcière dans tout ça ?

Depuis l’enfance, j’ai toujours été fascinée par les sorcières mais je ne savais pas trop pourquoi. Je ne suis pas spécialement sensible aux rituels, à la magie… C’est en lisant des auteurs comme Starhawk, qui se définit comme féministe et sorcière, et encore plus avec Mona Chollet, que j’ai pris conscience de toute la dimension politique de la sorcière. Les sorcières, c’étaient les femmes « sachantes », qui prenaient soin des autres, qu’on brûlait parce qu’elles dérangeaient. Mona Chollet parle surtout de la femme moderne qu’on peut voir aussi comme une sorte de sorcière, la femme qui ne veut pas d’enfant, qui a envie se réapproprier des savoirs autour de son corps, qui n’a pas peur d’explorer sa sexualité, sa spiritualité, la femme indépendante qui n’a pas besoin des hommes pour vivre et qui fait encore peur… Cette réappropriation de la sorcière, pour moi c’est un pied de nez. C’est dire : les sorcières sont encore vivantes et elles n’ont jamais été aussi puissantes !

Quelle prise de conscience t’a amenée à quitter l’agence de pub où tu travaillais pour apprendre à faire pousser des légumes ?

À 17 ans, j’ai quitté l’Ariège pour monter à la capitale (rires) ! J’avais fait des études autour du théâtre et du cinéma, j’ai toujours fait beaucoup de musique… En treize ans de vie parisienne, j’ai exercé plein de métiers différents, surtout dans le milieu culturel, et monté beaucoup de projets persos. C’est pour ça que je n’ai pas eu trop peur de me reconvertir, j’avais l’habitude d’apprendre sur le tas, de faire tout moi-même…

Je parle toujours de deux déclics, un long et un court. Le long, ce sont des années de réflexion autour du végétarisme – le point de départ -, qui m’ont fait m’intéresser à l’agriculture au sens large. J’ai pris conscience qu’on était en train de détruire le vivant à toutes les échelles et ça m’a vraiment angoissée. J’ai réalisé qu’il fallait absolument faire quelque chose et qu’à titre personnel j’étais incapable de subvenir à mes besoins primaires, qu’il me manquait des savoirs assez basiques… J’avais grandi à la campagne, on avait un potager, mais quand j’étais gamine tout cela n’était pas valorisé, pas transmis.

Tous les jours, je continuais d’aller bosser dans le milieu de la pub, le décalage était énorme ; la fameuse dissonance cognitive… Et puis le déclic, ou plutôt le coup de pied au cul qui m’a vraiment mis dans l’action, ça a été une rupture amoureuse, tout simplement. Il y en a qui changent de couleur de cheveux, moi j’ai plaqué mon job ! J’ai quitté Paris sans trop savoir si j’allais revenir, je n’avais pas de projet précis en tête mis à part apprendre à faire pousser des légumes…

Ophélie Damblé, de l’Ariège à l’agriculture urbaine. Photo Elliot Broué

« Cette réappropriation de la sorcière, pour moi c’est un pied de nez.
C’est dire : les sorcières sont encore vivantes
et elles n’ont jamais été aussi puissantes ! »

 

Alors que tous tes amis rêvent d’élever des chèvres en Ariège, toi, tu décides de rester à Paris…

La ville me manquait ! Après six mois de formation à la campagne, j’ai eu la confirmation que c’était là que j’avais envie de m’investir. J’aime la ville, son énergie, son rythme ; elle me stimule. Et en même temps, c’est vrai, elle est rude, violente, bruyante ; il y a la pollution, du béton partout… Je me suis dit : Au lieu de fuir la ville à cause de ça, pourquoi ne pas participer à sa transformation ?

Là aussi, j’y ai trouvé une dimension écoféministe. Au même titre que le harcèlement de rue, soit on se pose en victime mais ça ne règle pas le problème, soit on devient acteur pour que ça change. Il y a trois-quatre ans, on commençait tout juste à entendre parler d’agriculture urbaine et ça faisait écho en moi. Pour moi, jardiner, c’était aussi me réancrer dans un espace hostile, me réenraciner dans ce paysage qui n’a pas été conçu par et pour les femmes. C’était aussi un moyen de reprendre pouvoir sur la ville, de ne plus la subir. C’était ça aussi ma vraie vision écoféministe. Jardiner, ça a une dimension militante très forte et à la fois très pacifique On ne fait pas la guerre mais on fait ce qu’on peut pour améliorer les choses.

Depuis, tu es donc agricultrice urbaine et « green guérillera ». En quoi ça consiste, la guerilla verte ?

La green guerilla, c’est la dimension un peu activiste de mes activités, que je partage en vidéo et en BD avec Green Guerrilla, guide de survie végétale en milieu urbain, sorti l’année dernière. L’idée, c’est d’apprendre à se réapproprier l’espace urbain et se réconcilier avec l’autonomie végétale. C’est encore plus vrai dans les quartiers populaires, qui ont été totalement abandonnés par les pouvoirs publics. À Marseille, où il n’y a quasiment pas d’espaces verts, les habitants s’approprient la rue, mettent des bacs partout, les taggeurs ajoutent leur touche, ça fonctionne ! Il faut arrêter d’attendre l’autorisation pour revégétaliser. C’est ce que j’aime dire aux collégiens, avec ce petit côté rebelle : ce n’est pas parce qu’aux yeux de la loi ce n’est pas légal que c’est forcément mal. Il faut savoir faire preuve de désobéissance. Planter des choses comestibles en ville, c’est bien pour tout le monde.

 

« Il faut arrêter d’attendre l’autorisation pour revégétaliser,
savoir faire preuve de désobéissance.
Planter des choses comestibles en ville, c’est bien pour tout le monde »

 

Pour celles et ceux qui « veulent changer la ville sans la quitter », tu viens de publier un Manifeste pratique de végétalisation urbaine. C’est si facile que ça ?

C’est un ouvrage très pratique, à la portée de tous, avec des tutos, pour végétaliser à partir de chez soi, puis dans son immeuble, dans sa rue, et enfin dans la ville toute entière ! Je viens aussi de monter une pépinière de quartier en Seine-Saint-Denis, dans un tiers-lieu qui s’appelle la Cité fertile, tout un écosystème destiné à la transition écologique avec une programmation culturelle, un restaurant, des associations, des start-up… L’idée, c’est de produire des plants pour tous les gens qui voudraient végétaliser leur balcon ou leur jardin partagé… J’anime aussi des ateliers, pour les enfants et les adultes, où je montre tout ce qu’on peut faire dans de petits espaces.

Le 1er novembre, tu devais participer aux Journées sorcières à Saint-Lizier avec une table-tonde sur le thème : Féminisme et écologie, convergence des luttes ? Un retour aux sources ?

Ça faisait plaisir de revenir en Ariège surtout dans ce cadre-là, pour cette manifestation qui permet de sortir des clichés et de pousser la réflexion au-delà de l’effet un peu mode de la sorcière, avec de la politique, de l’histoire, de la botanique, etc. J’avais invité des agricultrices du coin à participer à la table-ronde. C’est intéressant de mettre en parallèle mon vécu de citadine et le leur parce qu’on a des enjeux, des problèmes et sûrement des points de vue différents.

À Paris, l’agriculture urbaine est très valorisée, elle est même trop stylée ! (rires) En Ariège, a priori, c’est toujours pas très sexy… On fantasme beaucoup la vie à la campagne, le retour à la terre, c’est bien de confronter les réalités. Il y a aussi une convergence à créer entre l’agriculture rurale et l’agriculture urbaine, qui ne veut pas piquer des jobs à la campagne mais vient en complément.

C’est aussi pour ça qu’il est important d’expliquer, de transmettre. Dans mes ateliers, à Pantin, quand j’explique aux gens comment pousse une tomate, c’est évident qu’après ils auront une approche différente, davantage de respect, quand ils iront acheter leurs tomates au supermarché.

Sa chaîne Youtube : Ta Mère Nature
Sa vidéo « C’est quoi l’écoféminisme ? » à voir ici 
Ses livres, ses activités, son actu : tamerenature.com


Graines de vie

Ne demandez pas à Jean-Luc Brault de choisir. Généralement affable, le voilà bien embêté quand on lui demande quelle est sa graine favorite ou, à défaut, la plus demandée de ses clients, des jardiniers amateurs de toute la France. Il n’y a pas de best-seller à Graines del Païs. La seule gagnante, c’est la diversité. « La diversité des plantes cultivées, c’est le reflet de la diversité humaine. Plus il y aura de personnes différentes qui auront des approches différentes de la plante, dans des lieux différents, plus nous aurons de biodiversité cultivée. »

C’est ce que les producteurs de semences paysannes (ou semences de la population) appellent la « coévolution Homme-plante-lieu ». Le contraire de la sélection qui a standardisé les variétés et les techniques depuis le milieu du 20e siècle. « À la fin du 19e siècle, on comptait 15 000 variétés de tomates, il n’y en a plus que 1 000 aujourd’hui », précise l’artisan semencier et gérant de Graines del Païs, créée à Bellegarde-du-Razès en 2005. Dans les petits sachets en papier de la société audoise, on en compte environ 150. Des variétés rustiques, goûteuses et reproductibles.

Potagères, aromatiques ou florales, les artisans semenciers de Graines del Païs partagent avec nous quelques-unes de ces variétés paysannes qu’ils s’attachent à préserver.

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Un jardin où se cultive l’envie d’apprendre

Autour de Gérard, cisaille en main, ils sont plus d’une vingtaine à s’initier à l’art de tailler les arbres fruitiers. « D’habitude le jeudi c’est béni, mais pas cette fois », s’excuse presque Christine en remettant sa capuche. Le jeudi matin, même quand il pleut, c’est le rendez-vous des Jardiniers bourians. Quand il n’y a pas d’atelier ou de chantier participatif, ils viennent pour gratter et semer ensemble, demander des conseils ou simplement se retrouver autour d’un café pour échanger. Sur la bonne terre de la Bouriane, entre les causses secs du Lot et les vallées humides de la Dordogne toute proche, le Jardin bourian, à Dégagnac, est un havre de verdure. Et un modèle unique, à la fois pédagogique et collectif. Depuis sa création, il y a dix-sept ans, ce sont les jardiniers bénévoles qui le cultivent. Alors que la fin de l’hiver se profile, ils sont dans les starting-blocks. « Ce sera bientôt le moment de semer les fèves et les petits pois. On est aussi en train de refaire toute la parcelle des plantes aromatiques », montre Mireille, qui a également un projet un plus personnel pour l’entrée du jardin. « On va construire des personnages avec des pots de terre, ça va égayer ce coin qui est un peu vide, là-bas. Et après, on pourra animer un atelier avec les enfants du centre aéré. »

UNE QUARANTAINE DE BÉNÉVOLES ACTIFS

« Ce qui m’a plu au jardin, c’est la richesse de tout ce que chacun peut apporter, reconnaît Christine. Sur cette plateforme de quelques hectares, il peut se passer des millions de choses. » Pépiniériste de métier, elle est devenue présidente de l’association des Jardiniers bourians il y a dix ans

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Un café, et cetera !

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